DMLA : symptômes, formes et traitements de la dégénérescence maculaire

La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est un vieillissement anormal de la macula, zone centrale de la rétine responsable de la vision fine (lecture, conduite, reconnaissance des visages). Elle est la première cause de malvoyance après 50 ans en France, touchant environ 1,5 million de personnes selon l’INSERM : 8 % des plus de 50 ans, 20 % des plus de 65 ans, et 25-30 % des plus de 75 ans. Elle se présente sous deux formes très différentes : la DMLA sèche (atrophique), la plus fréquente (80-85 % des cas) à évolution lente sur plusieurs années, et la DMLA humide (exsudative), plus rare (15-20 %) mais à évolution rapide en quelques semaines avec apparition de néovaisseaux choroïdiens anormaux. Les symptômes d’alerte sont les métamorphopsies (lignes droites perçues comme déformées), un scotome central, et une baisse de la vision centrale. L’auto-surveillance par grille d’Amsler permet une détection précoce. Les injections intravitréennes d’anti-VEGF ont révolutionné le pronostic de la forme humide depuis 2007.

DMLA - Dégénérescence maculaire liée à l'âge. Perte de vision progressive (forme humide) ou brutale (forme sèche), liée à l'accumulation de drusen (débris de photorécepteurs) sous la rétine centrale (la macula)

La DMLA en bref

  • Définition : vieillissement anormal de la macula entraînant une baisse progressive de la vision centrale
  • Prévalence en France : ~1,5 million de personnes — 1ère cause de malvoyance après 50 ans (INSERM, SFO)
  • Deux formes : DMLA sèche/atrophique (80-85 %, évolution lente), DMLA humide/exsudative (15-20 %, évolution rapide avec néovaisseaux choroïdiens)
  • Symptômes : métamorphopsies (lignes déformées), scotome central, baisse de vision centrale, dyschromatopsie
  • Vision périphérique préservée : la DMLA ne mène jamais à la cécité totale
  • Facteurs de risque : âge, hérédité (x 3), tabac (x 4), origine caucasienne, alimentation pauvre en antioxydants, HTA, obésité
  • Diagnostic : OCT maculaire, angiographie à la fluorescéine ou OCT-angiographie, fond d’œil dilaté, grille d’Amsler
  • Traitement DMLA humide : injections intravitréennes d’anti-VEGF (ranibizumab Lucentis, aflibercept Eylea, faricimab Vabysmo, brolucizumab Beovu) — stabilisation voire amélioration dans 80-90 % des cas
  • Traitement DMLA sèche : compléments antioxydants AREDS-2 (lutéine, zéaxanthine, oméga-3, vitamines C/E, zinc) — ralentit l’évolution chez les patients à risque
  • Innovations 2024-2025 : molécules anti-complément (pegcétacoplan, avacincaptad pegol) pour les formes atrophiques évoluées
  • Prévention : arrêt du tabac, alimentation riche en oméga-3 et lutéine, port de lunettes solaires, contrôle des facteurs cardiovasculaires, dépistage à partir de 50 ans

Qu’est-ce que la DMLA ?

La macula est une zone de 5,5 mm de diamètre située au centre de la rétine, sous le pôle postérieur du globe oculaire. Elle concentre les cellules visuelles responsables de la vision fine : lecture, écriture, conduite, reconnaissance des visages, perception des détails et des couleurs. Sa partie centrale, la fovéa (1,5 mm de diamètre), assure la zone d’acuité visuelle maximale.

Avec l’âge, la macula subit un vieillissement progressif. Chez certaines personnes, ce vieillissement devient pathologique : c’est la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). La maladie touche plusieurs structures : les photorécepteurs (cônes), l’épithélium pigmentaire rétinien (EPR) qui les nourrit, la membrane de Bruch qui les sépare de la choroïde, et la choroïde elle-même qui apporte oxygène et nutriments.

La DMLA évolue typiquement en plusieurs phases :

  • MLA (maculopathie liée à l’âge) ou DMLA précoce — présence de drusen (petits dépôts jaunâtres sous la rétine) et altérations pigmentaires, généralement asymptomatique. Touche jusqu’à 30 % des plus de 75 ans
  • DMLA intermédiaire — drusen séreux confluents, altérations pigmentaires marquées
  • DMLA évoluée — soit forme atrophique (sèche) avec atrophie géographique de l’EPR, soit forme exsudative (humide) avec néovaisseaux choroïdiens. C’est ce stade qui provoque les symptômes visuels

Caractéristique essentielle : la DMLA ne touche jamais la vision périphérique. Même au stade le plus évolué, le patient conserve une vision périphérique fonctionnelle qui lui permet de se déplacer. La DMLA ne mène donc jamais à une cécité totale, mais elle peut entraîner une malvoyance majeure avec perte d’autonomie pour la lecture et la conduite.

Les deux formes de DMLA

DMLA sèche ou atrophique (80-85 % des cas)

Forme la plus fréquente. Elle correspond à une perte progressive des photorécepteurs et de l’épithélium pigmentaire, sans néovascularisation. Évolution lente sur 5 à 15 ans. L’atrophie débute en zones péri-fovéales puis converge vers la fovéa.

Symptômes : baisse progressive de la vision centrale, perte de la sensibilité au contraste (difficultés à lire en lumière faible, à reconnaître les visages), dyschromatopsie d’apparition tardive. Souvent bilatérale et asymétrique. Le stade le plus évolué est l’atrophie géographique, plage atrophique blanchâtre bien limitée visible au fond d’œil.

Traitement : aucun traitement curatif disponible à ce jour. Les compléments antioxydants AREDS-2 (lutéine 10 mg, zéaxanthine 2 mg, oméga-3, vitamine C 500 mg, vitamine E 400 UI, zinc 25 mg, cuivre 2 mg) ralentissent la progression chez les patients à risque (DMLA intermédiaire ou DMLA évoluée sur l’autre œil). Étude AREDS-2 (2013) : réduction du risque d’évolution vers la forme évoluée de 25 %.

Innovations récentes (2023-2025) : les premières molécules anti-complément (pegcétacoplan Syfovre®, avacincaptad pegol Izervay®) en injections intravitréennes ont obtenu une autorisation aux États-Unis pour ralentir l’atrophie géographique de 15-20 %. Disponibilité en Europe en cours d’évaluation.

DMLA humide ou exsudative (15-20 % des cas)

Forme moins fréquente mais d’évolution beaucoup plus rapide. Mécanisme : pousse de néovaisseaux choroïdiens anormaux sous la rétine, secondaire à la sécrétion locale de VEGF (Vascular Endothelial Growth Factor) en réponse à l’ischémie de la macula. Ces néovaisseaux sont fragiles, perméables, et saignent, provoquant œdème maculaire, hémorragies sous-rétiniennes et décollement séreux de la rétine.

Symptômes : apparition brutale, en quelques jours à quelques semaines, de métamorphopsies (lignes droites perçues comme déformées) — signe pathognomonique très évocateur — puis d’un scotome central et d’une baisse de l’acuité visuelle centrale. Souvent unilatérale au début, mais le deuxième œil est à risque dans les 5 ans (~40 % de bilatéralisation).

Diagnostic urgent : tout symptôme évocateur impose une consultation ophtalmologique sous 24-48 heures, car la rapidité d’instauration du traitement conditionne le pronostic visuel. Examens : OCT maculaire (visualisation du néovaisseau, mesure de l’œdème), angiographie à la fluorescéine et au vert d’indocyanine (caractérisation des néovaisseaux), OCT-angiographie (examen non invasif sans injection, devenu central dans le diagnostic et le suivi).

Traitement : injections intravitréennes d’anti-VEGF, révolution thérapeutique depuis 2007. Plusieurs molécules disponibles :

  • Ranibizumab (Lucentis®) — la première molécule autorisée en 2007, fragment d’anticorps anti-VEGF
  • Aflibercept (Eylea®) — protéine de fusion anti-VEGF de 2ᵉ génération, autorisée en 2012. Existe désormais en forme haute concentration (Eylea HD 8 mg) permettant un espacement des injections jusqu’à 16 semaines
  • Faricimab (Vabysmo®) — molécule bispécifique anti-VEGF et anti-angiopoïétine-2, autorisée en 2022. Espacement jusqu’à 16 semaines possible
  • Brolucizumab (Beovu®) — single-chain antibody fragment de très petite taille, espacement étendu possible. Surveillance accrue (risque rare mais grave de vascularite rétinienne)
  • Bevacizumab (Avastin®) — utilisé hors AMM, anticorps anti-VEGF d’origine oncologique

Schéma thérapeutique typique : phase d’induction de 3 injections mensuelles consécutives, puis schéma personnalisé en « treat-and-extend » (PRN — pro re nata, ou T&E — treat-and-extend) avec espacement progressif des injections selon la réponse anatomique (OCT) et fonctionnelle.

Résultats : stabilisation voire amélioration de la vision dans 80-90 % des cas en première ligne, sous réserve d’une prise en charge précoce et d’une adhérence au protocole. Les patients récupèrent souvent 1-3 lignes d’acuité visuelle après les premières injections.

Symptômes et signes d’alerte

  • Métamorphopsies — lignes droites perçues comme ondulées, vagues, ou cassées. C’est le signe le plus évocateur de DMLA humide débutante. À dépister hebdomadairement par grille d’Amsler chez les patients à risque
  • Scotome central — tache sombre, floue ou manquante au centre de la vision, qui gêne la lecture et la reconnaissance des visages
  • Baisse de l’acuité visuelle centrale — difficulté à lire les petits caractères, à reconnaître les détails fins
  • Diminution de la sensibilité au contraste — gêne en lumière faible, à la conduite de nuit, dans les environnements peu contrastés
  • Modification de la perception des couleurs — couleurs moins vives, dyschromatopsie
  • Difficultés à la reconnaissance des visages — particulièrement en environnement familier
  • Vision périphérique préservée — le patient peut se déplacer normalement et conserve une autonomie générale

Auto-test à domicile : la grille d’Amsler est un outil simple à réaliser une fois par semaine chez les patients à risque (antécédents familiaux de DMLA, MLA débutante, DMLA exsudative sur l’autre œil). Toute déformation des lignes ou apparition d’une zone manquante impose une consultation ophtalmologique en urgence (sous 24-48 heures).

Facteurs de risque

  • Âge — facteur principal. Risque qui double tous les 10 ans après 50 ans
  • Antécédents familiaux — risque multiplié par 3 si parent au premier degré atteint, par 6 si frère/sœur atteint. Plusieurs gènes identifiés (CFH, ARMS2, HTRA1, C3)
  • Tabagisme — facteur modifiable majeur. Multiplie le risque par 2 à 4 selon l’intensité. Effet persistant plusieurs années après l’arrêt
  • Origine caucasienne — prévalence supérieure à la population africaine ou asiatique
  • Hypertension artérielle, dyslipidémie, maladies cardiovasculaires
  • Obésité, syndrome métabolique
  • Alimentation pauvre en oméga-3, en lutéine/zéaxanthine, en antioxydants
  • Exposition prolongée aux UV et à la lumière bleue intense
  • Hyperhomocystéinémie
  • Iris clair — facteur de risque mineur mais identifié

Diagnostic de la DMLA

  • Fond d’œil dilaté — examen de référence permettant de visualiser les drusen, les altérations pigmentaires, l’atrophie géographique, l’œdème ou les hémorragies sous-rétiniennes
  • OCT maculaire (Optical Coherence Tomography) — examen incontournable. Coupes haute résolution non invasives qui détectent : œdème intra-rétinien et sous-rétinien, décollement séreux, néovaisseaux, atrophie de l’EPR. Examen de référence pour le diagnostic et le suivi sous anti-VEGF
  • OCT-angiographie (OCT-A) — innovation majeure depuis 2015. Examen non invasif sans injection qui cartographie les flux vasculaires rétiniens et choroïdiens. Permet de visualiser directement les néovaisseaux choroïdiens. Examen de première intention dans les suspicions de DMLA exsudative
  • Angiographie à la fluorescéine — examen invasif (injection intraveineuse) caractérisant les néovaisseaux classiques (hyperfluorescence précoce et diffusion tardive) vs occultes
  • Angiographie au vert d’indocyanine (ICG) — particulièrement utile pour caractériser les vasculopathies polypoïdales choroïdiennes (PCV) et les néovaisseaux profonds
  • Rétinographie couleur — photographies du fond d’œil pour le suivi à long terme
  • Test de la grille d’Amsler — auto-surveillance hebdomadaire à domicile

Le mot de l’ophtalmologue sur la DMLA

« La DMLA a été l’une des révolutions thérapeutiques majeures de l’ophtalmologie ces vingt dernières années. Avant 2007, une DMLA exsudative diagnostiquée signifiait souvent une malvoyance majeure dans les mois qui suivaient. Aujourd’hui, grâce aux anti-VEGF, on stabilise voire on améliore la vision dans 80 à 90 % des cas — à condition que le patient soit pris en charge précocement. Deux messages essentiels : 1) Tout patient de plus de 50 ans devrait connaître les signes d’alerte de la DMLA — métamorphopsies, scotome central — et savoir réaliser une grille d’Amsler hebdomadaire en cas de facteurs de risque. La précocité du diagnostic conditionne la récupération visuelle. 2) Pour la DMLA sèche, l’arrêt du tabac est la mesure préventive la plus efficace (le tabac multiplie le risque par 4) et l’alimentation riche en oméga-3, lutéine et antioxydants reste fondamentale. Les compléments AREDS-2 sont indiqués chez les patients à risque (DMLA intermédiaire, DMLA évoluée sur l’œil controlatéral). »

Dr Hugo Bourdon — Ophtalmologue, chirurgien réfractif

Tableau récapitulatif : DMLA sèche vs DMLA humide

CritèreDMLA sèche (atrophique)DMLA humide (exsudative)
Fréquence80-85 % des cas15-20 % des cas
MécanismeAtrophie progressive des photorécepteurs et de l’EPRNéovaisseaux choroïdiens anormaux (VEGF-induits)
ÉvolutionLente sur 5-15 ansRapide en quelques semaines
SymptômesBaisse vision progressive, perte de contrasteMétamorphopsies brutales, scotome central
Examen cléOCT maculaire, fond d’œilOCT-A, angiographie fluo
TraitementCompléments AREDS-2, anti-complément (innovations)Anti-VEGF intravitréens (révolution depuis 2007)
PronosticÉvolution lente vers la malvoyance centraleStabilisation/amélioration dans 80-90 % si traitement précoce
Évolutivité d’une forme à l’autrePeut évoluer vers une forme humide (~10-15 %)
Comparaison des deux formes de DMLA

Évolution et pronostic

L’évolution de la DMLA dépend largement de sa forme et de la précocité de la prise en charge :

  • MLA précoce (drusen, altérations pigmentaires) : évolution vers une DMLA évoluée dans environ 5 à 25 % des cas à 10 ans selon la sévérité initiale
  • DMLA atrophique : baisse progressive de l’acuité visuelle centrale sur 5-15 ans. À terme : malvoyance avec acuité visuelle inférieure à 1/10 dans les formes évoluées. Vision périphérique préservée
  • DMLA exsudative non traitée : évolution vers la cécité légale (vision < 1/20) en 6 à 24 mois
  • DMLA exsudative traitée précocement par anti-VEGF : stabilisation dans 90 % des cas et amélioration significative (+ 3 lignes d’acuité) dans 30-40 % des cas selon les études MARINA, ANCHOR, VIEW, HAWK/HARRIER
  • Bilatéralisation : en cas de DMLA exsudative sur un œil, risque d’atteinte du second œil de 7-10 %/an, soit environ 40 % à 5 ans. D’où l’importance de l’auto-surveillance par grille d’Amsler de l’œil controlatéral

Conséquences fonctionnelles : impact majeur sur la qualité de vie aux stades évolués — difficultés à la lecture, à la conduite (souvent perte du permis), à la reconnaissance des visages, à l’utilisation des écrans. La prise en charge des formes évoluées inclut une rééducation visuelle basse vision avec orthoptistes spécialisés, aides visuelles (loupes électroniques, logiciels d’agrandissement, livres audio), et accompagnement par associations (Retina France, Association DMLA, Association Valentin Haüy).

Prévention

  • Arrêt total du tabac — mesure préventive la plus efficace (RR x 4). Bénéfice persistant plusieurs années après le sevrage
  • Alimentation méditerranéenne riche en : poissons gras (oméga-3 EPA/DHA), légumes verts à feuilles (lutéine, zéaxanthine), fruits et légumes colorés (antioxydants, vitamines C/E), fruits à coque (zinc, vitamine E), huile d’olive
  • Compléments AREDS-2 — indiqués chez les patients à haut risque (MLA intermédiaire ou DMLA évoluée sur l’œil controlatéral). Pas d’indication en prévention primaire
  • Contrôle des facteurs cardiovasculaires — hypertension artérielle, dyslipidémie, diabète, surpoids
  • Activité physique régulière
  • Protection contre les UV et la lumière bleue intense — port de lunettes solaires avec filtre UV-A/UV-B en extérieur
  • Dépistage régulier — consultation ophtalmologique avec fond d’œil et OCT après 50 ans, plus rapprochée après 65 ans ou en cas de facteurs de risque (antécédents familiaux, tabagisme)
  • Auto-surveillance par grille d’Amsler hebdomadaire en cas de facteurs de risque ou de DMLA débutante

Foire aux questions sur la DMLA

Sources et références