Angiographie rétinienne à Toulon : fluorescéine, ICG et OCT-angiographie au Centre Iris

L’angiographie rétinienne visualise la circulation sanguine de la rétine (angiographie à la fluorescéine, FA) et de la choroïde (angiographie au vert d’indocyanine, ICG). Un colorant est injecté dans une veine du bras, puis une série de clichés du fond d’œil capturent son passage à travers les vaisseaux. C’est l’examen de référence pour le diagnostic et le suivi de la DMLA exsudative, de la rétinopathie diabétique sévère, des occlusions vasculaires, de la choriorétinopathie séreuse centrale et des vascularites. Depuis 2015, l’OCT-angiographie (OCT-A) permet d’obtenir une partie de ces informations sans injection et représente l’avenir de l’imagerie vasculaire rétinienne. Au Centre Iris – Institut Toulonnais d’Ophtalmologie, le Dr Hugo Bourdon choisit l’examen le plus adapté à chaque indication.

L’angiographie rétinienne en bref

  • Définition : imagerie dynamique de la circulation sanguine rétinienne (fluorescéine) et choroïdienne (ICG) par injection intraveineuse de colorant et clichés en série
  • Trois techniques principales : angiographie à la fluorescéine (FA), angiographie au vert d’indocyanine (ICG), OCT-angiographie (OCT-A, non invasive)
  • Durée : 20 à 30 minutes pour la FA (dilatation + injection + 5-10 min de clichés), 30 à 45 minutes pour l’angiographie combinée FA + ICG
  • OCT-angiographie : 5 à 10 minutes, sans injection, sans risque allergique — devenue l’examen de première intention dans la plupart des indications
  • Dilatation pupillaire nécessaire (tropicamide ± phényléphrine)
  • Indications majeures : DMLA exsudative (recherche de néovaisseaux), rétinopathie diabétique sévère, occlusions vasculaires (OVCR, OACR), choriorétinopathie séreuse centrale, vascularites, tumeurs choroïdiennes
  • Effets secondaires de la fluorescéine : nausées passagères (5-10 %), urines orange pendant 24-48 h, urticaire (1 %), anaphylaxie sévère exceptionnelle (1/200 000)
  • Contre-indications relatives : grossesse (sauf urgence), insuffisance rénale sévère, allergie connue à l’iode (pour l’ICG)
  • Remboursement : coté à la CCAM, pris en charge à 70 % par l’Assurance Maladie sur indication médicale (DMLA, rétinopathie diabétique, occlusions vasculaires…)
  • Conduite déconseillée 4 à 6 heures après l’examen en raison de la dilatation

Principe de l’angiographie rétinienne

L’angiographie repose sur l’injection intraveineuse d’un colorant fluorescent qui circule rapidement jusqu’aux vaisseaux de la rétine et de la choroïde. Un rétinographe spécialisé équipé de filtres d’excitation et d’émission capte la fluorescence émise et produit une séquence de clichés dynamiques qui montrent en temps réel le remplissage des vaisseaux par le colorant. L’analyse de cette séquence permet de détecter des fuites vasculaires, des zones d’ischémie, des néovaisseaux pathologiques, ou des anomalies de circulation.

Deux colorants sont utilisés selon les structures à étudier :

  • Fluorescéine sodique (FA) — colorant fluorescent jaune-vert, idéal pour visualiser la circulation rétinienne. Excitation à 488 nm (bleu), émission à 530 nm (vert)
  • Vert d’indocyanine (ICG) — colorant proche de l’infrarouge qui pénètre profondément à travers l’épithélium pigmentaire pour explorer la circulation choroïdienne. Excitation à 805 nm, émission à 835 nm

Une troisième technique, l’OCT-angiographie (OCT-A ou angio-OCT), est apparue en 2015 et a révolutionné l’imagerie vasculaire rétinienne. Elle utilise la variation du signal OCT entre acquisitions successives pour visualiser le flux sanguin, sans injection ni colorant. Sa rapidité (5 à 10 minutes), son absence de risque allergique et sa résolution couche par couche en font aujourd’hui l’examen de première intention dans la plupart des indications.

Indications cliniques de l’angiographie

DMLA exsudative (DMLA humide)

Indication historique majeure. L’angiographie révèle les néovaisseaux choroïdiens (NVC) qui poussent sous la rétine en cas de DMLA exsudative. La fluorescéine visualise les fuites typiques en « tache de bougie » ; l’ICG classe les NVC en classique, occulte, ou mixte, et identifie les variantes (vasculopathie polypoïdale choroïdienne, anastomose chorio-rétinienne). Depuis 2015, l’OCT-angiographie permet de visualiser ces néovaisseaux sans injection et est devenue l’examen de première intention pour le diagnostic et le suivi.

Rétinopathie diabétique sévère

L’angiographie à la fluorescéine reste l’examen de référence pour évaluer les formes sévères de rétinopathie diabétique. Elle permet :

  • Cartographie des zones d’ischémie rétinienne (zones non perfusées) — indication potentielle de laser pan-rétinien
  • Recherche des néovaisseaux prérétiniens et prépapillaires (NVD, NVE)
  • Documentation des microanévrismes, des fuites maculaires et de l’œdème maculaire diabétique
  • Bilan préopératoire d’une vitrectomie pour hémorragie du vitré ou décollement de rétine tractionnel

Occlusions vasculaires rétiniennes

  • Occlusion de la veine centrale de la rétine (OVCR) — temps de remplissage allongé, fuites diffuses, zones d’ischémie périphériques. Distinction OVCR ischémique versus non ischémique (seuil de 10 disques papillaires d’ischémie) cruciale pour le pronostic
  • Occlusion de branche veineuse rétinienne (OBVR) — limitation territoriale, recherche de zones ischémiques accessoires au laser focal
  • Occlusion de l’artère centrale de la rétine (OACR) — retard ou absence de remplissage artériel, examen rarement réalisé en urgence absolue mais utile à distance

Choriorétinopathie séreuse centrale (CRSC)

L’angiographie reste utile dans la CRSC chronique ou récidivante : la fluorescéine met en évidence un point de fuite caractéristique (en « tache d’encre » ou « fumée de cheminée ») au niveau de l’épithélium pigmentaire ; l’ICG révèle une hyperperméabilité choroïdienne diffuse, fréquente dans la CRSC. Ces données guident un éventuel traitement par laser focal ou PDT à dose réduite.

Vascularites et uvéites postérieures

  • Maladie de Behçet — vascularite occlusive, fuites diffuses
  • Sarcoïdose oculaire — périphlébites en « gouttes de bougie »
  • Birdshot choriorétinopathie — lésions choroïdiennes typiques visibles en ICG
  • Toxoplasmose oculaire active — lésion satellite près d’une cicatrice ancienne
  • Choriocapillarite — affections de la choriocapillaire visualisables uniquement à l’ICG

Tumeurs choroïdiennes

L’angiographie aide à caractériser une tumeur choroïdienne (mélanome, hémangiome, métastase) en analysant la vascularisation interne. L’ICG est particulièrement utile pour les hémangiomes choroïdiens et pour distinguer un mélanome d’un nævus.

Comment se déroule l’examen ?

Angiographie à la fluorescéine ou à l’ICG

  1. Vérification des contre-indications : grossesse, antécédent d’allergie à la fluorescéine ou à l’iode (pour l’ICG), insuffisance rénale sévère
  2. Pose d’une voie veineuse périphérique au pli du coude
  3. Dilatation pupillaire par instillation de collyres mydriatiques (tropicamide ± phényléphrine), 20 à 30 minutes d’attente
  4. Installation au rétinographe et prise de clichés « de référence » avant injection
  5. Injection intraveineuse rapide du colorant (5 ml de fluorescéine à 10 %, ou 25-50 mg d’indocyanine vert)
  6. Acquisition des clichés en série à partir de la 10ᵉ seconde (temps choroïdien, artériel, capillaire, veineux, tardif), pendant 5 à 10 minutes
  7. Surveillance du patient pendant 15-30 minutes après l’examen pour détecter une éventuelle réaction allergique

OCT-angiographie (OCT-A)

Examen nettement plus simple et plus rapide :

  • Aucune injection, aucun colorant
  • Dilatation pupillaire généralement non nécessaire avec les OCT-A modernes
  • Acquisition de 3 à 5 minutes par œil
  • Coupes vasculaires couche par couche (plexus capillaire superficiel, profond, choriocapillaire), résolution micrométrique
  • Examen reproductible et répétable sans risque allergique, idéal pour le suivi des pathologies chroniques

Limites de l’OCT-A : sensibilité moindre aux fuites lentes (intérêt résiduel de la fluorescéine dans la CRSC, les vascularites), zone explorée plus restreinte (mais les nouveaux OCT-A grand champ couvrent jusqu’à 12-15 mm), artefacts de mouvement.

Le mot de l’expert

« L’arrivée de l’OCT-angiographie en 2015 a profondément changé ma pratique. Pour mes patients atteints de DMLA exsudative ou de rétinopathie diabétique débutante, je peux désormais visualiser les néovaisseaux et l’ischémie capillaire sans injection, en 5 minutes, et répéter l’examen autant que nécessaire sans risque. La fluorescéine reste néanmoins indispensable pour les rétinopathies diabétiques sévères (cartographie de l’ischémie périphérique), les occlusions veineuses (distinction ischémique/non ischémique), les vascularites et les CRSC chroniques. L’ICG conserve sa place pour les pathologies choroïdiennes profondes — vasculopathie polypoïdale, choriocapillarite, hémangiome. Chaque examen a sa place, et le choix se fait selon l’indication et le confort du patient. »

Dr Hugo Bourdon

Tableau récapitulatif : choix de l’examen selon l’indication

IndicationOCT-A (1ère intention)Fluorescéine (FA)ICG
DMLA exsudative (diagnostic / suivi)Examen de référence actuelEncore utile pour formes complexesVasculopathie polypoïdale
Rétinopathie diabétique débutanteExamen de choixSi OCT-A non concluanteNon indiquée
Rétinopathie diabétique sévèreInsuffisante seuleIndispensable (cartographie ischémie)Non indiquée
OVCR / OBVRUtile en suiviIndispensable (distinction ischémique)Non indiquée
CRSC aiguë / chroniqueUtilePoint de fuiteHyperperméabilité choroïdienne
Vascularites rétiniennesInsuffisanteIndispensableSi atteinte choroïdienne
Birdshot choriorétinopathieInsuffisanteUtileIndispensable
Tumeur choroïdienneLimitéeUtileIndispensable (hémangiome, mélanome)
Choix de l’examen angiographique selon l’indication clinique

Effets secondaires et précautions

Effets secondaires de la fluorescéine

  • Nausées et vomissements transitoires (5-10 % des patients) — pic dans les 30 secondes suivant l’injection, résolutifs en 1-2 minutes
  • Coloration jaune-orangée temporaire de la peau (quelques heures) et des urines (24 à 48 heures) — phénomène normal et bénin
  • Urticaire (≈ 1 %) — résolutive par antihistaminiques
  • Réaction vasovagale (malaise, hypotension) — peu fréquente
  • Extravasation sous-cutanée du produit — douleur locale, peut entraîner une nécrose cutanée localisée si massive
  • Anaphylaxie sévère — exceptionnelle (1 cas sur 200 000 environ), nécessite l’accès immédiat à un kit d’urgence avec adrénaline

Effets secondaires de l’ICG

  • Tolérance globalement meilleure que la fluorescéine, moins de nausées
  • Risque allergique chez les patients allergiques à l’iode, aux coquillages ou aux fruits de mer (l’ICG contient de l’iode)
  • Rares réactions cutanées et anaphylactiques (incidence comparable ou légèrement supérieure à la fluorescéine)

Contre-indications

  • Allergie connue à la fluorescéine ou à l’ICG (allergie iode pour l’ICG)
  • Grossesse — contre-indication relative ; à différer si possible, OCT-A préférée
  • Allaitement — pause de 24-48 heures après l’examen
  • Insuffisance rénale sévère — la fluorescéine étant éliminée par les reins, à éviter si DFG < 30 ml/min
  • Insuffisance hépatique sévère — contre-indication relative à l’ICG (élimination hépatique)

Aucune contre-indication à l’OCT-angiographie qui peut être réalisée chez la femme enceinte, l’insuffisant rénal ou hépatique, l’allergique aux colorants — c’est l’un de ses avantages majeurs.

Tarifs et remboursement de l’angiographie

  • Consultation d’ophtalmologie au cabinet : 65 €
  • Angiographie à la fluorescéine : cotée à la CCAM, prise en charge à 70 % par l’Assurance Maladie sur indication médicale (DMLA, rétinopathie diabétique, occlusion vasculaire, vascularite…)
  • Angiographie au vert d’indocyanine (ICG) : également cotée à la CCAM, prise en charge selon les mêmes critères
  • OCT-angiographie : cotée à la CCAM, prise en charge à 70 % par l’Assurance Maladie sur indication médicale
  • Tiers payant appliqué pour les patients en ALD (diabète, DMLA, glaucome…) ou bénéficiaires de la CSS

Foire aux questions sur l’angiographie rétinienne

Sources et références