Tonométrie à Toulon : mesure de la pression intraoculaire au Centre Iris

La tonométrie mesure la pression intraoculaire (PIO), exprimée en millimètres de mercure (mmHg). C’est l’examen pivot du dépistage et du suivi du glaucome — première cause de cécité irréversible dans le monde, touchant environ 1 million de Français. La valeur normale se situe entre 10 et 21 mmHg. Au Centre Iris – Institut Toulonnais d’Ophtalmologie, le Dr Hugo Bourdon utilise plusieurs méthodes : tonométrie à aplanation de Goldmann (référence mondiale), tonométrie sans contact (NCT) à air pulsé pour le dépistage, tonomètre iCare à rebond chez l’enfant ou le patient peu coopérant. La pachymétrie cornéenne est systématiquement associée pour corriger les valeurs selon l’épaisseur de la cornée, ce qui améliore la fiabilité du diagnostic.

La tonométrie en bref

  • Définition : mesure de la pression intraoculaire (PIO), exprimée en mmHg ; valeur normale entre 10 et 21 mmHg
  • Durée : 1 à 3 minutes par œil, examen ultra-rapide
  • Indolore dans toutes les techniques modernes (sensation de souffle pour la NCT, contact très bref et anesthésié pour Goldmann)
  • Indication n°1 : dépistage et suivi du glaucome (l’hypertonie est le principal facteur de risque modifiable)
  • Techniques utilisées au Centre Iris : tonométrie de Goldmann (référence), tonométrie sans contact à air pulsé, tonomètre iCare à rebond (enfants/patients allongés)
  • Pachymétrie associée : mesure de l’épaisseur cornéenne centrale (CCT) pour correction de la PIO selon la formule de Dresden (≈ 0,5 mmHg de correction pour 25 µm d’écart à 545 µm)
  • Variations physiologiques : la PIO fluctue de 2 à 6 mmHg sur 24 heures (pic matinal ou nocturne) ; courbe diurne en cas de doute diagnostique
  • Glaucome à pression normale : 30 % à 40 % des glaucomes ont une PIO < 21 mmHg, ce qui rend les autres examens (OCT du nerf optique, champ visuel) indispensables
  • Remboursement : inclus dans la consultation d’ophtalmologie (65 € au cabinet), prise en charge à 70 % par l’Assurance Maladie
  • Dépistage systématique recommandé après 40 ans (tous les 2-3 ans) ou plus précocement en cas de facteurs de risque
  • Aucune contre-indication absolue — examen réalisable chez l’enfant (iCare), la femme enceinte, le porteur de pacemaker

Qu’est-ce que la pression intraoculaire et pourquoi la mesurer ?

La pression intraoculaire (PIO), ou tension oculaire, est la pression exercée par l’humeur aqueuse — liquide produit en permanence par le corps ciliaire et évacué par le trabéculum — sur les parois du globe oculaire. Elle maintient la forme de l’œil et la tension de ses structures internes. Chez l’adulte sain, la valeur normale se situe entre 10 et 21 mmHg (millimètres de mercure), avec une moyenne autour de 15-16 mmHg.

L’équilibre entre production et drainage de l’humeur aqueuse maintient cette pression dans la zone physiologique. Toute perturbation du drainage (le plus souvent une obstruction du trabéculum dans le glaucome chronique à angle ouvert) provoque une élévation progressive de la PIO, à l’origine d’une souffrance du nerf optique. C’est ce mécanisme qui fait de l’hypertonie le principal facteur de risque modifiable du glaucome.

Pourquoi la tonométrie est-elle indispensable ?

  • Dépistage du glaucome — pathologie silencieuse touchant 1 million de Français, dont la moitié l’ignorent ; sans dépistage, la cécité est inévitable à terme
  • Suivi des patients glaucomateux — évaluation de l’efficacité du traitement médical (collyres) ou chirurgical (laser SLT, trabéculectomie, MIGS)
  • Diagnostic d’une crise de glaucome aigu à angle fermé — urgence ophtalmologique avec PIO souvent > 50 mmHg, douleur intense, vision floue, vomissements
  • Bilan préopératoire de toute chirurgie ophtalmologique (cataracte, chirurgie réfractive, greffe de cornée)
  • Surveillance des patients à risque (cortisone au long cours, uvéites chroniques, post-traumatisme oculaire, antécédents familiaux de glaucome)

Les techniques de tonométrie disponibles au Centre Iris

Tonométrie à aplanation de Goldmann (référence mondiale)

Décrite par Hans Goldmann en 1957, c’est la méthode de référence absolue en ophtalmologie, sur laquelle reposent toutes les recommandations internationales et les essais thérapeutiques. Principe physique : la force nécessaire pour aplanir une zone définie (3,06 mm de diamètre) de la cornée est proportionnelle à la pression interne du globe (loi d’Imbert-Fick).

Déroulement :

  1. Instillation d’un collyre anesthésique (oxybuprocaïne ou tétracaïne) associé à de la fluorescéine qui colore le film lacrymal en jaune-vert
  2. Installation à la lampe à fente avec illumination en lumière bleue (cobalt)
  3. Approche d’un prisme de Goldmann qui vient brièvement au contact de la cornée
  4. Réglage progressif de la force d’appui jusqu’à ce que les deux demi-anneaux fluorescents observés se rejoignent
  5. Lecture directe de la PIO sur le cadran de l’appareil (en mmHg)

Avantages : précision optimale (±1 mmHg dans des conditions standardisées), reproductibilité, technique reconnue universellement. C’est la technique utilisée pour tous les patients glaucomateux confirmés du Centre Iris.

Limites : nécessite une coopération, mesure influencée par l’épaisseur cornéenne (à corriger par pachymétrie), peu adaptée à l’enfant ou au patient allongé.

Tonométrie sans contact à air pulsé (NCT)

Méthode rapide et sans contact. Un jet d’air calibré est projeté sur la cornée ; le temps nécessaire à l’aplanation de la cornée est mesuré et converti en PIO. Examen très court (quelques secondes), sans anesthésie, sans contact direct.

Avantages : idéal pour le dépistage de masse, pas de risque infectieux (aucun contact), pas d’anesthésie, peut être réalisé par une orthoptiste en amont de la consultation.

Limites : précision légèrement inférieure à Goldmann (surtout en cas de cornée œdémateuse ou irrégulière), surévaluation possible chez les patients anxieux qui contractent les paupières au moment du souffle. Toute valeur anormale au NCT doit être confirmée par une tonométrie de Goldmann.

Tonomètre iCare à rebond

Technique récente utilisant une sonde légère qui touche brièvement la cornée et rebondit. L’appareil analyse la décélération du rebond pour calculer la PIO.

Avantages : sans anesthésie, portable, utilisable dans toutes les positions (assis, allongé, enfant en bas âge), particulièrement adapté à la tonométrie pédiatrique, au patient peu coopérant ou en situation d’urgence. Existe en version « Home » pour mesure à domicile sur prescription (suivi des courbes nycthémérales chez le glaucomateux).

Limites : précision intermédiaire entre Goldmann et NCT ; à utiliser comme dépistage ou en complément de Goldmann chez les patients dont le suivi est complexe.

Tonométrie par contour dynamique (Pascal)

Méthode plus récente conçue pour mesurer la PIO indépendamment des propriétés biomécaniques de la cornée. Particulièrement utile chez les patients ayant subi une chirurgie réfractive (LASIK, PKR, SMILE), où la cornée modifiée fausse la tonométrie de Goldmann classique. Moins répandue mais précieuse dans ce contexte.

Pachymétrie cornéenne associée

La pachymétrie (mesure de l’épaisseur cornéenne centrale, ou CCT) est systématiquement associée à la tonométrie au Centre Iris. La valeur normale est autour de 540 à 560 µm. Une cornée fine (< 500 µm) sous-estime la PIO réelle ; une cornée épaisse (> 580 µm) la surestime. La formule de Dresden permet de corriger : environ 0,5 mmHg de correction pour 25 µm d’écart à 545 µm.

La pachymétrie est aussi un facteur de risque indépendant du glaucome : une cornée fine est associée à un risque accru de progression du glaucome, même à pression équivalente (étude OHTS).

Tension oculaire et glaucome : ce qu’il faut savoir

La relation entre PIO et glaucome est centrale mais complexe. Il est essentiel de comprendre que :

  • Une hypertonie oculaire isolée (PIO > 21 mmHg sans atteinte du nerf optique ni du champ visuel) ne signifie pas glaucome — on parle d’hypertonie sans glaucome, à surveiller régulièrement
  • Inversement, 30 % à 40 % des glaucomes évoluent à PIO normale (< 21 mmHg) — c'est le glaucome à pression normale. Le diagnostic repose alors entièrement sur l’OCT du nerf optique et le champ visuel
  • Plus la PIO est élevée, plus le risque de développer un glaucome augmente : à PIO ≥ 26 mmHg, le risque à 5 ans dépasse 25 % sans traitement
  • La fluctuation de la PIO sur 24 heures est un facteur de risque indépendant : une variation de plus de 6 mmHg sur le nycthémère est péjorative
  • La PIO cible chez un glaucomateux dépend du stade : généralement baisse de 20-30 % de la PIO initiale en glaucome débutant, jusqu’à 40-50 % en glaucome sévère ou évolutif

La courbe nycthémérale (courbe diurne de pression)

La PIO fluctue naturellement au cours de la journée : variation typique de 2 à 6 mmHg, avec un pic matinal chez la plupart des patients (entre 5 h et 8 h), parfois en deuxième partie de nuit chez le glaucomateux. La courbe nycthémérale consiste à mesurer la PIO à 4-6 reprises sur la journée (par exemple 8 h, 11 h, 14 h, 17 h, 20 h) pour détecter ces pics qui passeraient inaperçus à une consultation unique. Indication classique : suspicion de glaucome chez un patient à PIO normale ou de progression malgré un traitement.

Tonométrie chez l’enfant

La PIO chez l’enfant est physiologiquement plus basse (8 à 14 mmHg avant 5 ans). Indications de tonométrie pédiatrique : suspicion de glaucome congénital (buphtalmie, larmoiement, photophobie, opacité cornéenne), suivi sous corticoïdes, post-traumatisme, maladies oculaires associées (aniridie, syndrome de Sturge-Weber). Techniques privilégiées : iCare à rebond en consultation ou tonomètre de Perkins sous narcose en cas de non-coopération.

Le mot de l’expert

« La tonométrie est l’examen le plus simple et le plus rapide de l’ophtalmologie, mais aussi l’un des plus essentiels. En 30 secondes, je peux savoir si un patient présente un risque de glaucome qui menacera sa vision dans 10 ou 20 ans. Mais il faut bien comprendre qu’une seule mesure ne suffit jamais : la PIO fluctue, la cornée plus ou moins épaisse fausse la lecture, et 30 à 40 % des glaucomes évoluent à pression normale. La tonométrie ne se conçoit que dans un bilan global incluant pachymétrie, OCT du nerf optique et champ visuel. C’est cette approche combinée qui permet de dépister le glaucome très précocement et de préserver durablement la vision de mes patients. Au Centre Iris, je propose ce bilan complet à tous les patients de plus de 40 ans présentant des facteurs de risque familiaux. »

Dr Hugo Bourdon

Tableau récapitulatif : techniques de tonométrie

TechniquePrincipePrécisionIndication privilégiée
Goldmann (référence)Aplanation avec prisme, fluorescéine + anesthésique±1 mmHgSuivi du glaucome confirmé, étalon de référence
NCT (sans contact, air pulsé)Aplanation par jet d’air calibré±2-3 mmHgDépistage de masse, screening en amont de consultation
iCare (à rebond)Décélération d’une sonde au contact bref±2 mmHgEnfant, patient peu coopérant, alité, urgence
iCare HomeAuto-mesure à domicile±2 mmHgCourbe nycthémérale à domicile, suivi du glaucome instable
Pascal (contour dynamique)Capteur piézoélectrique sur la cornée±1,5 mmHgPost-chirurgie réfractive (LASIK/PKR/SMILE), cornée modifiée
Perkins (Goldmann portable)Goldmann en position allongée±1 mmHgTonométrie sous narcose pédiatrique
Schiotz (historique)Indentation par poids±3-5 mmHgPlus utilisé en pratique courante
Comparatif des techniques de tonométrie selon leur précision et indications

Indications et fréquence recommandée de la tonométrie

  • Population générale sans facteur de risque — tous les 2 à 3 ans après 40 ans, en parallèle d’une consultation ophtalmologique complète
  • Antécédents familiaux de glaucome au premier degré — dépistage dès 35-40 ans, puis annuel
  • Origine africaine ou afro-caribéenne — dépistage dès 35 ans (risque 4 à 5 fois plus élevé)
  • Myopie forte (> -6 D) ou hypermétropie forte — dépistage annuel après 40 ans
  • Diabète, apnée du sommeil, hypertension artérielle — dépistage annuel
  • Utilisation prolongée de corticoïdes (locaux, inhalés, systémiques) — tonométrie tous les 3 à 6 mois (risque de glaucome cortico-induit)
  • Hypertonie oculaire isolée sous surveillance — tonométrie tous les 4 à 6 mois
  • Glaucome confirmé sous traitement médical — tous les 3 à 4 mois, parfois plus si instabilité
  • Post-chirurgie du glaucome (laser SLT, trabéculectomie, MIGS) — contrôle à J1, J7, J30, puis tous les 3 mois la première année
  • Avant toute chirurgie ophtalmologique (cataracte, chirurgie réfractive, greffe de cornée) — bilan préopératoire standard

Limites et précautions

  • Épaisseur cornéenne — c’est la limite principale : sans pachymétrie associée, la PIO mesurée peut être sous- ou surestimée de 2-3 mmHg, ce qui peut faire passer à côté d’un glaucome débutant ou faire suspecter à tort une hypertonie
  • Antécédents de chirurgie réfractive (LASIK, PKR, SMILE) — la cornée amincie sous-estime la PIO ; il faut utiliser une formule de correction ou privilégier la tonométrie de Pascal
  • Cornée œdémateuse, irrégulière ou cicatricielle (kératocône, cicatrice post-traumatique) — toutes les techniques perdent en précision
  • Position du patient — la PIO est 1 à 3 mmHg plus élevée en décubitus qu’assis ; à standardiser pour les comparaisons
  • Effort, port de cravate serrée, valsalva, apnée — peuvent élever transitoirement la PIO de plusieurs mmHg
  • Mesure unique non interprétable — toute valeur anormale doit être confirmée à plusieurs reprises sur des jours différents avant toute décision thérapeutique

Aucune contre-indication absolue à la tonométrie. Précautions standards d’hygiène pour la tonométrie de contact (prisme désinfecté entre chaque patient ; usage unique en cas de patient à risque infectieux).

Tarifs et remboursement de la tonométrie

  • Consultation d’ophtalmologie au cabinet (avec tonométrie) : 65 €
  • La tonométrie est incluse dans la consultation et ne fait pas l’objet d’une cotation séparée à la CCAM
  • Pachymétrie cornéenne (BLQK001) : peut être cotée séparément en cas d’indication spécifique (glaucome, chirurgie réfractive, kératocône), prise en charge à 70 % par l’Assurance Maladie
  • Courbe nycthémérale (4-6 mesures sur la journée) : prise en charge dans le cadre du suivi du glaucome ou de l’hypertonie
  • Tiers payant : appliqué sur la part Assurance Maladie pour les patients en ALD (glaucome) ou bénéficiaires de la CSS

Foire aux questions sur la tonométrie

Sources et références