Amétropies : myopie, hypermétropie, astigmatisme et presbytie
Les amétropies regroupent les troubles optiques de l’œil qui empêchent la formation d’une image nette sur la rétine. Elles ne sont pas des « maladies » à proprement parler, mais des variations anatomiques liées à la longueur axiale du globe, à la courbure cornéenne ou au pouvoir réfractif du cristallin. Quatre formes principales : myopie (vision floue de loin), hypermétropie (œil trop court), astigmatisme (cornée irrégulière) et presbytie (perte progressive de l’accommodation liée à l’âge). En France, près de 40 % des 18-30 ans sont myopes selon l’INSERM, et l’OMS prévoit que la moitié de la population mondiale sera myope d’ici 2050. Les amétropies se corrigent par lunettes, lentilles de contact ou par chirurgie réfractive (PKR, LASIK, SMILE, ICL).

Les amétropies en bref
- Définition : troubles de la réfraction empêchant la formation d’une image nette sur la rétine
- 4 formes principales : myopie, hypermétropie, astigmatisme, presbytie
- Myopie : vision floue de loin, ~40 % des 18-30 ans en France (en forte hausse)
- Hypermétropie : œil trop court, ~25 % des adultes
- Astigmatisme : ~30 % des adultes, vision déformée à toutes les distances
- Presbytie : quasi 100 % après 50 ans, apparaît vers 40-45 ans
- Diagnostic : examen de la réfraction, bilan d’topographie cornéenne avant chirurgie
- Correction optique : lunettes ou lentilles de contact (souples, rigides, orthokératologie, sclérales)
- Chirurgie réfractive : LASIK, PKR, SMILE ; implants phaques ICL/IPCL ; Prélex pour la presbytie
- Myopie évolutive de l’enfant : freination par atropine basse dose, orthokératologie, verres défocalisés (efficacité 50-70 %)
- Pronostic : excellent avec correction adaptée. Myopies fortes : suivi rétinien annuel
Qu’est-ce qu’une amétropie ?
Un œil emmétrope (œil normal sans défaut) forme l’image des objets éloignés exactement sur la rétine, sans effort d’accommodation. Pour les objets proches, le cristallin se bombe (accommodation) pour ajuster la mise au point. Toute déviation par rapport à cet équilibre optique parfait constitue une amétropie.
Le pouvoir réfractif total de l’œil est d’environ 60 dioptries, dont les deux tiers (~43 D) sont fournis par la cornée et un tiers (~17 D) par le cristallin (variable selon l’accommodation). La longueur axiale du globe (~23,5 mm chez l’emmétrope) joue également un rôle déterminant : un œil trop long est myope, un œil trop court est hypermétrope.
Les amétropies se mesurent en dioptries (D). La notation classique d’une ordonnance comporte trois valeurs : sphère + cylindre × axe. Par exemple, « −2,50 (−1,00 à 90°) » signifie : myopie de 2,50 dioptries avec astigmatisme de 1,00 dioptrie selon l’axe 90°.
La myopie
La myopie est l’amétropie la plus fréquente. L’œil est trop long, ou la cornée trop bombée : l’image des objets éloignés se forme en avant de la rétine, entraînant une vision floue de loin. La vision de près reste nette. Notation par sphère négative : −1,00 D (myopie faible), −3,00 D (modérée), −6,00 D (forte), > −10,00 D (très forte).
Prévalence en France : environ 40 % des 18-30 ans selon l’INSERM, prévalence en forte augmentation depuis 30 ans, particulièrement chez les enfants et les adolescents. L’OMS classe l’épidémie de myopie parmi ses priorités de santé publique : 50 % de la population mondiale sera myope d’ici 2050, dont 10 % de myopes forts.
Facteurs favorisants
- Hérédité forte — risque multiplié par 3 si un parent myope, par 6 si les deux parents le sont
- Activités prolongées en vision rapprochée (lecture, écrans, jeux vidéo)
- Manque d’exposition à la lumière naturelle — passer moins de 2 heures/jour en plein air multiplie le risque chez l’enfant
- Origine asiatique — prévalence de la myopie atteignant 80-95 % chez les jeunes adultes en Corée, Singapour, Taïwan
Complications de la myopie forte
La myopie forte (au-delà de −6,00 D) expose à des complications rétiniennes qui justifient un fond d’œil annuel à vie :
- Déchirures rétiniennes périphériques
- Décollement de rétine (risque x 10 par rapport à l’emmétrope)
- Maculopathie myopique (staphylome postérieur, atrophie chorio-rétinienne)
- Néovaisseaux choroïdiens du myope fort
- Cataracte précoce (nucléaire)
- Glaucome (risque x 2-3)
Freination de la myopie de l’enfant
Chez l’enfant et l’adolescent, plusieurs stratégies validées permettent de ralentir la progression de la myopie de 50 à 70 % :
- Atropine basse dose (0,01 % à 0,05 %) — collyre instillé le soir, traitement le plus efficace
- Orthokératologie — lentilles rigides nocturnes qui remodèlent temporairement la cornée
- Verres défocalisés (DIMS Hoya MiYOSMART, HALT Essilor Stellest)
- Lentilles souples défocalisées (MiSight)
- Mesures comportementales : 2 heures/jour de plein air, pauses régulières (règle des 20-20-20), distance de lecture > 40 cm
L’hypermétropie
L’hypermétropie correspond à un œil trop court (ou plus rarement, une cornée trop plate). L’image des objets se forme derrière la rétine. Notation par sphère positive : +1,00 D (faible), +3,00 D (modérée), +5,00 D (forte), > +6,00 D (très forte).
Particularité : chez le sujet jeune, l’accommodation puissante du cristallin permet de compenser l’hypermétropie modérée, parfois sans aucun symptôme. C’est pourquoi l’hypermétropie est souvent diagnostiquée tardivement, lorsque l’accommodation diminue avec l’âge. Symptômes : fatigue visuelle, céphalées de fin de journée, vision floue de près d’abord puis de loin, parfois strabisme convergent chez l’enfant.
Risques spécifiques : chambre antérieure souvent étroite chez l’hypermétrope, exposant au glaucome aigu par fermeture de l’angle. Une iridotomie préventive au laser YAG peut être proposée chez les patients à risque.
L’astigmatisme
L’astigmatisme correspond à une irrégularité de courbure de la cornée (parfois du cristallin) : au lieu d’être sphérique, la cornée présente une forme en « ballon de rugby » avec deux méridiens de courbures différentes. Conséquence : la vision est déformée à toutes les distances, les lignes droites peuvent apparaître inclinées, les détails fins sont flous.
Notation par cylindre négatif (ou positif) × axe : par exemple « −1,25 à 90° » signifie un astigmatisme de 1,25 dioptrie selon l’axe 90°. L’astigmatisme est souvent associé à une myopie ou une hypermétropie. Prévalence : ~30 % des adultes en France.
Cas particulier : l’astigmatisme irrégulier doit faire évoquer un kératocône, surtout s’il évolue rapidement chez un adolescent ou un adulte jeune. La topographie cornéenne est alors indispensable.
La presbytie
La presbytie n’est pas véritablement une amétropie mais une conséquence inéluctable du vieillissement oculaire. Le cristallin perd progressivement sa souplesse à partir de 40-45 ans : l’accommodation diminue, rendant la vision de près de plus en plus difficile. Elle touche la quasi-totalité de la population après 50 ans.
Symptômes : difficulté à lire de près, besoin d’éloigner les livres ou les téléphones, fatigue visuelle, céphalées en fin de journée. La presbytie évolue jusqu’à 60-65 ans, où elle se stabilise généralement entre +2,50 et +3,00 D d’addition.
Particularité : un myope faible conserve longtemps une bonne vision de près (en retirant ses lunettes), retardant ses besoins de correction. Un hypermétrope, à l’inverse, devient presbyte plus tôt et de manière plus sévère.
Tableau récapitulatif : les amétropies
| Amétropie | Mécanisme | Symptômes principaux | Correction |
|---|---|---|---|
| Myopie | Œil trop long ou cornée trop bombée | Vision floue de loin, vision de près conservée | Lunettes/lentilles divergentes (−), LASIK, SMILE, PKR, ICL |
| Hypermétropie | Œil trop court ou cornée trop plate | Fatigue, céphalées, vision floue de près puis de loin avec l’âge | Lunettes/lentilles convergentes (+), LASIK, PKR, ICL |
| Astigmatisme | Cornée irrégulière (en ballon de rugby) | Vision déformée à toutes les distances | Verres toriques, lentilles toriques, LASIK, SMILE, implants toriques |
| Presbytie | Perte d’accommodation du cristallin (vieillissement) | Difficulté à la lecture rapprochée après 40-45 ans | Lunettes progressives, lentilles multifocales, PresbyLASIK, Prélex |
| Myopie forte (>−6 D) | Œil très long avec staphylome possible | Vision floue marquée, complications rétiniennes | ICL préféré au LASIK, fond d’œil annuel à vie |
Diagnostic et bilan
- Examen de la réfraction — mesure objective (auto-réfractomètre) puis subjective (essai de verres correcteurs)
- Acuité visuelle de loin et de près avec et sans correction
- Cycloplégie (Skiacol, atropine) chez l’enfant et le jeune adulte hypermétrope
- Topographie cornéenne — indispensable en cas d’astigmatisme important pour éliminer un kératocône, et avant toute chirurgie réfractive
- Examen de la cornée et du fond d’œil dilaté — particulièrement chez le myope fort
- Bilan d’orthoptie chez l’enfant — recherche de strabisme, amblyopie, troubles de la convergence
Le mot de l’ophtalmologue sur les amétropies
« Les amétropies ne sont pas des maladies au sens strict — ce sont des variations anatomiques normales. La vraie question n’est donc pas « guérir » l’amétropie, mais choisir la meilleure correction pour chaque patient en fonction de son âge, de son mode de vie, de son défaut visuel et de l’état de sa cornée. Trois messages essentiels : chez l’enfant myope évolutif, ne pas attendre — les traitements de freination sont efficaces et l’enjeu est important (chaque dioptrie évitée réduit le risque de complications rétiniennes à l’âge adulte). Chez le myope fort, un fond d’œil annuel à vie est indispensable, même sans gêne visuelle. Chez la personne souhaitant se libérer des lunettes, le bilan préopératoire complet (topographie, OCT, microscopie spéculaire, biométrie) est crucial : il n’y a pas de « bonne technique » universelle, le choix se fait au cas par cas entre PKR, LASIK, SMILE, ICL ou Prélex selon l’âge et l’anatomie. »
Dr Hugo Bourdon — Ophtalmologue, chirurgien réfractif
Options de correction
Lunettes
Solution la plus simple, la plus sûre et la moins coûteuse. Verres unifocaux (une seule correction) chez le jeune, verres progressifs chez le presbyte. Matériaux modernes : verres minces (haut indice), verres anti-reflet, verres photochromiques, verres anti-lumière bleue.
Lentilles de contact
- Lentilles souples — journalières, mensuelles, trimestrielles
- Lentilles toriques — pour les astigmates
- Lentilles multifocales — pour les presbytes
- Lentilles rigides perméables au gaz (LRPG) — astigmatismes forts, kératocônes
- Lentilles sclérales — kératocônes évolués, cornées irrégulières
- Orthokératologie — lentilles rigides nocturnes remodelant la cornée pour la journée
Chirurgie réfractive cornéenne
- PKR (PhotoKératectomie Réfractive) — sculpture de surface au laser excimer. Indication : myopie modérée, cornée fine. Tarif : 2 400 € (1 200 €/œil)
- LASIK — découpe d’un capot cornéen au laser femtoseconde, puis sculpture stromale. Récupération en 24-48 h. Tarif : 2 650 € (1 400 €/œil)
- PresbyLASIK — variante du LASIK avec sculpture multifocale, corrige la presbytie. Tarif : 2 750 € (1 500 €/œil)
- ReLEx SMILE — extraction d’un lenticule cornéen via une mini-incision au laser femtoseconde. Mini-invasive, idéale pour les yeux secs et les sportifs. Tarif : 2 950 € (1 500 €/œil)
Implants intraoculaires
- Implants phaques ICL/IPCL — implant souple inséré entre l’iris et le cristallin. Indication : myopies fortes, cornées fines, kératocônes débutants stabilisés. Réversible. Tarif : à partir de 3 500 € pour les deux yeux
- Prélex (chirurgie du cristallin clair) — remplacement du cristallin par un implant multifocal. Indication : presbytie après 50 ans. Tarif : 4 000 € (2 000 €/œil), ou 2 400 € les deux yeux si début de cataracte avéré
Dépistage des amétropies chez l’enfant
La détection précoce des amétropies est essentielle pour prévenir l’amblyopie (œil paresseux), affection qui devient irréversible après 8-10 ans si elle n’est pas corrigée. Calendrier recommandé par la SFO :
- 9-12 mois : bilan ophtalmologique systématique pour dépister une amétropie forte, un strabisme, une amblyopie
- 3 ans : mesure de l’acuité visuelle avec dessins, recherche d’un strabisme latent
- Entrée en CP (5-6 ans) : bilan complet avec cycloplégie
- Tous les 1-2 ans ensuite, plus rapproché chez l’enfant myope évolutif
- Signes d’alerte : enfant se rapprochant de la télévision, plissement des yeux, fatigue scolaire, retard de lecture, strabisme intermittent
Foire aux questions sur les amétropies
Le mot de l’expert sur les amétropies
Myopie, hypermétropie, astigmatisme et presbytie ne sont pas des maladies mais des défauts optiques très répandus : près de la moitié de la population en présente au moins un. La bonne nouvelle, c’est qu’ils sont tous corrigeables — lunettes, lentilles ou chirurgie réfractive. Mon rôle est de proposer, après un bilan complet, la solution la mieux adaptée à l’âge, au mode de vie et à la santé oculaire de chacun.
Dr Hugo Bourdon
Sources et références
- Société Française d’Ophtalmologie (SFO)
- Dépistage et prévention en ophtalmologie — Haute Autorité de Santé (HAS)
- Œil et vision — INSERM
- Myopia — American Academy of Ophthalmology (AAO)
- Hyperopia — AAO
- Astigmatism — AAO
- Short-sightedness — National Health Service (NHS)
- Blindness and Visual Impairment — World Health Organization (WHO)
- L’ophtalmologie — Label QualiDoc
- Amétropie — Wikipédia
