Hyphéma à Toulon : du sang dans l’œil, une urgence à connaître

L’hyphéma désigne la présence de sang dans la chambre antérieure de l’œil, l’espace situé entre la cornée et l’iris. Il est le plus souvent provoqué par un traumatisme oculaire (coup, balle, accident) et se reconnaît à un niveau de sang rouge visible devant l’iris, associé à une douleur, une vision floue et une gêne à la lumière. Contrairement à la simple tache de sang en surface, l’hyphéma est une urgence ophtalmologique : il expose à une hypertension de l’œil et à un re-saignement dans les jours qui suivent. La prise en charge repose sur le repos, des collyres et la surveillance de la pression intraoculaire, parfois une chirurgie. Tout sang à l’intérieur de l’œil impose une consultation ophtalmologique immédiate.

L’essentiel sur :

L’hyphéma

  • Définition : présence de sang dans la chambre antérieure de l’œil (entre cornée et iris)
  • Symptômes : niveau de sang visible, douleur, vision floue, photophobie
  • Causes : traumatisme oculaire surtout, troubles de coagulation, chirurgie
  • Urgence : oui — consultation ophtalmologique immédiate
  • Diagnostic : lampe à fente, tonométrie, gonioscopie, échographie si besoin
  • Traitement : repos tête surélevée, collyres, surveillance de la pression, parfois chirurgie
  • Complications : re-saignement, glaucome, imprégnation sanguine de la cornée

Définition : du sang dans la chambre antérieure

L’hyphéma est une accumulation de sang dans la chambre antérieure de l’œil, l’espace compris entre la cornée (en avant) et l’iris (en arrière). Ce sang provient le plus souvent de la rupture de petits vaisseaux de l’iris ou du corps ciliaire, généralement à la suite d’un traumatisme contondant. Sous l’effet de la pesanteur, le sang sédimente et forme un niveau horizontal rouge visible à l’œil nu.

Son importance va d’un simple voile de globules rouges (microhyphéma) à un remplissage complet de la chambre antérieure. Plus fréquent chez l’enfant et le jeune adulte du fait des activités à risque, l’hyphéma est considéré comme une urgence : au-delà du saignement lui-même, il expose à une montée de la pression intraoculaire et à un re-saignement précoce, deux situations qui peuvent compromettre la vision.

Le mot de l’expert

« Quand un patient arrive avec du sang à l’intérieur de l’œil après un choc, le vrai danger n’est pas toujours le sang que l’on voit, mais ce qui peut survenir dans les jours suivants : une remontée de la pression et surtout un re-saignement, souvent plus important que le premier. C’est pourquoi l’hyphéma se surveille de près pendant une semaine, avec du repos et une protection de l’œil. Et il y a un réflexe à ne jamais oublier : rechercher une drépanocytose, car elle change complètement la prise en charge. »

Dr Hugo Bourdon

Symptômes de l’hyphéma

  • Sang visible devant l’iris, souvent sous forme d’un niveau horizontal rouge dans le bas de la chambre antérieure.
  • Douleur oculaire, parfois intense, surtout si la pression de l’œil s’élève.
  • Vision floue ou réduite, proportionnelle à l’importance du saignement.
  • Photophobie (gêne à la lumière) et larmoiement.
  • Maux de tête, nausées, évocateurs d’une hypertonie oculaire associée.
  • Somnolence, particulièrement chez l’enfant après un traumatisme.

Les différents grades d’hyphéma

On classe l’hyphéma selon la hauteur de sang dans la chambre antérieure. Ce grade oriente le pronostic et la prise en charge.

GradeQuantité de sangRepère pronostique
MicrohyphémaGlobules rouges en suspension, sans niveau visibleBon
Grade IMoins d’un tiers de la chambre antérieureBon
Grade IIUn tiers à la moitiéIntermédiaire
Grade IIIPlus de la moitié, sans remplissage totalRéservé
Grade IVTotalité de la chambre antérieure (« hyphéma noir »)Le plus à risque
Classification de l’hyphéma selon la quantité de sang dans la chambre antérieure

Plus le grade est élevé, plus le risque d’hypertonie oculaire et de complications augmente. Un hyphéma de grade IV, totalement noir, est une situation grave nécessitant une surveillance étroite.

Causes et facteurs de risque

  • Traumatisme oculaire contondant (cause la plus fréquente) : coup de poing, balle de sport, bouchon de champagne, accident, projection.
  • Troubles de la coagulation et traitements anticoagulants ou antiagrégants, qui favorisent et aggravent le saignement.
  • Chirurgie oculaire récente (complication post-opératoire).
  • Maladies oculaires : néovascularisation de l’iris (souvent liée au diabète), uvéite, tumeur intraoculaire.
  • Drépanocytose et hémoglobinopathies : facteur de risque majeur de complications, car les globules rouges anormaux bloquent l’évacuation du sang et font monter la pression.
  • Activités à risque : sports de contact, paintball, bricolage sans protection oculaire.

Diagnostic

  • Examen à la lampe à fente : confirme le sang dans la chambre antérieure, en précise le niveau et le grade.
  • Tonométrie : mesure la pression intraoculaire, à surveiller car elle peut grimper.
  • Gonioscopie : examine l’angle de l’œil, souvent différée jusqu’à la résorption du sang, pour rechercher des lésions traumatiques.
  • Échographie oculaire : utile si le fond d’œil n’est pas visible, pour écarter une lésion postérieure (décollement de rétine, corps étranger).
  • Recherche d’une drépanocytose (électrophorèse de l’hémoglobine) chez les patients à risque.

Diagnostics différentiels

  • Hémorragie sous-conjonctivale : sang en surface, sous la conjonctive, sans atteinte intraoculaire ni baisse de vision.
  • Uvéite antérieure : inflammation interne sans saignement visible.
  • Kératite : atteinte douloureuse de la cornée.
  • Glaucome aigu par fermeture de l’angle : œil rouge très douloureux avec hypertonie, mais sans sang dans la chambre antérieure.

Conduite à tenir : que faire en urgence ?

  • Consulter immédiatement un ophtalmologue ou les urgences ophtalmologiques.
  • Ne pas frotter ni appuyer sur l’œil ; le protéger avec une coque rigide si possible.
  • Rester au repos, tête surélevée (environ 30°), y compris la nuit, pour favoriser la sédimentation du sang vers le bas et dégager l’axe visuel.
  • Éviter les efforts et les médicaments qui fluidifient le sang (aspirine, AINS) sans avis médical.
  • Signaler tout traitement anticoagulant et tout antécédent de drépanocytose.

Traitement de l’hyphéma

Traitement médical

  • Repos relatif, tête surélevée et protection oculaire pendant plusieurs jours.
  • Collyres mydriatiques (atropine) pour mettre l’œil au repos et prévenir les synéchies.
  • Corticoïdes topiques pour réduire l’inflammation.
  • Traitement hypotenseur oculaire si la pression intraoculaire s’élève.
  • Surveillance rapprochée sur 5 à 7 jours, période du risque maximal de re-saignement.

Traitement chirurgical

La chirurgie est réservée aux cas compliqués : hypertonie incontrôlable, hyphéma total persistant ou imprégnation sanguine de la cornée menaçante. Elle consiste essentiellement en un lavage de la chambre antérieure pour évacuer le sang et les caillots. Une chirurgie du glaucome peut être nécessaire dans de rares formes réfractaires.

Cas particuliers : enfant et drépanocytose

Chez l’enfant, l’hyphéma fait toujours rechercher un traumatisme et impose une surveillance attentive, car le risque d’amblyopie (mauvais développement visuel) existe si la vision reste obstruée. Chez les patients atteints de drépanocytose (ou porteurs du trait drépanocytaire), les globules rouges déformés évacuent mal le sang et obstruent l’angle de l’œil : le risque d’hypertonie sévère est majoré, ce qui modifie le choix des médicaments et impose une vigilance particulière.

Évolution et pronostic

  • Résorption en 5 à 7 jours pour la plupart des hyphémas de faible grade traités précocement.
  • Bon pronostic visuel dans les formes peu importantes sans complication.
  • Risque de re-saignement maximal entre le 3e et le 5e jour, souvent plus grave que l’épisode initial.
  • Les grades élevés, l’hypertonie prolongée et la drépanocytose assombrissent le pronostic.

Complications possibles

  • Re-saignement précoce, principale complication redoutée.
  • Glaucome par hypertonie oculaire, aiguë ou retardée (parfois des années plus tard).
  • Imprégnation sanguine de la cornée, qui peut laisser une opacité durable.
  • Synéchies (adhérences de l’iris) et atteinte du nerf optique en cas de pression élevée prolongée.
  • Amblyopie chez le jeune enfant si l’axe visuel reste obstrué.

Prévention de l’hyphéma

  • Lunettes ou masque de protection lors des sports de contact, du paintball, du bricolage et du jardinage.
  • Protection adaptée des enfants et surveillance lors des jeux à risque.
  • Suivi des troubles de la coagulation et des traitements anticoagulants.
  • Consultation rapide après tout traumatisme oculaire, même apparemment bénin.

Idées reçues sur l’hyphéma

  • « Du sang dans l’œil, c’est comme un bleu, ça part tout seul. » Faux : à l’inverse de l’hémorragie sous-conjonctivale, l’hyphéma est une urgence à surveiller.
  • « Si je vois encore un peu, ce n’est pas grave. » Le danger principal est différé : hypertonie et re-saignement peuvent survenir dans les jours suivants.
  • « Je vais prendre de l’aspirine pour la douleur. » À éviter absolument : l’aspirine fluidifie le sang et augmente le risque de re-saignement.
  • « Le repos n’est pas vraiment utile. » Au contraire : le repos, tête surélevée, favorise la résorption et limite les complications.
  • « Une fois le sang parti, tout est réglé. » Un suivi reste nécessaire : un glaucome peut apparaître bien après l’épisode initial.

Vivre avec et après un hyphéma

Dans les jours qui suivent, l’essentiel est de respecter le repos et les consignes : tête surélevée, protection de l’œil, pas d’effort ni de sport, et prise régulière des collyres prescrits. Les contrôles rapprochés permettent de dépister à temps un re-saignement ou une montée de la pression.

Après la guérison, un suivi à distance est important car un traumatisme ayant causé un hyphéma peut favoriser un glaucome tardif, parfois des années plus tard. Un contrôle ophtalmologique régulier de la pression intraoculaire est donc recommandé. Avec une prise en charge adaptée, la grande majorité des hyphémas peu importants guérissent sans séquelle visuelle.

Foire aux questions sur l’hyphéma

Sources et références