Décollement de rétine : symptômes, urgence et traitement
Le décollement de rétine est une urgence ophtalmologique absolue. Il correspond à la séparation de la rétine sensorielle (qui contient les photorécepteurs) de l’épithélium pigmentaire sous-jacent. Privée de son apport nutritionnel choroïdien, la rétine décollée meurt progressivement en quelques jours à quelques semaines, provoquant une cécité définitive de la zone concernée. Incidence en France : 10 000 à 15 000 cas par an (sources SFO, INSERM). Le mécanisme le plus fréquent est rhegmatogène : une déchirure rétinienne périphérique laisse passer le vitré liquéfié sous la rétine, qui se soulève progressivement. Les signes d’alerte sont caractéristiques : apparition brutale de corps flottants nombreux, éclairs lumineux (phosphènes), puis voile noir progressif dans le champ visuel qui s’agrandit. Le traitement est exclusivement chirurgical, à réaliser idéalement dans les 24 à 72 heures suivant les premiers symptômes pour maximiser la récupération visuelle, particulièrement si la macula n’est pas encore décollée.

Le décollement de rétine en bref
- Définition : séparation de la rétine sensorielle de l’épithélium pigmentaire sous-jacent
- Urgence ophtalmologique absolue — chirurgie idéalement sous 24-72 heures
- Incidence : 10 000 à 15 000 cas par an en France
- 3 mécanismes : rhegmatogène (~95 %, par déchirure), tractionnel (rétinopathie diabétique proliférante), exsudatif (rare, inflammatoire ou tumoral)
- Symptômes d’alerte : corps flottants brutaux, éclairs lumineux (phosphènes), voile noir progressif
- Pronostic visuel directement lié au délai et à l’état de la macula (encore en place vs décollée)
- Facteurs de risque : myopie forte (x10), chirurgie cataracte (x4-5), traumatisme, antécédents familiaux/personnels, dégénérescences rétiniennes périphériques
- Diagnostic : fond d’œil dilaté, échographie B (si milieux opaques), OCT de la macula
- Traitement : vitrectomie avec endolaser et tamponnement (gaz/silicone), cryoindentation ou rétinopexie pneumatique
- Prévention : laser argon préventif de toute déchirure rétinienne sans décollement, fond d’œil annuel chez le myope fort
- Pronostic : récupération proche de la normale dans >90 % des cas si macula en place et chirurgie précoce
- Le décollement de rétine en bref
- Comprendre le décollement de rétine
- Les trois mécanismes de décollement de rétine
- Symptômes : ce qui doit alerter immédiatement
- Facteurs de risque
- Diagnostic
- Traitement chirurgical
- Tableau récapitulatif : techniques chirurgicales
- Évolution, complications et résultats
- Prévention
- Foire aux questions sur le décollement de rétine
- Sources et références
Comprendre le décollement de rétine
La rétine tapisse l’intérieur du globe oculaire. Elle est composée de deux feuillets accolés : la rétine sensorielle (neurorétine) qui contient les photorécepteurs (cônes et bâtonnets) et capte la lumière, et l’épithélium pigmentaire (EPR) qui nourrit les photorécepteurs via la choroïde sous-jacente.
Ces deux feuillets ne sont pas anatomiquement soudés, simplement maintenus par la pression intraoculaire et l’osmose. Toute interruption de ce contact (passage de liquide entre les feuillets) entraîne une séparation : le décollement de rétine. Conséquence : la rétine décollée perd son apport en glucose et en oxygène. Les photorécepteurs commencent à dégénérer en quelques heures, et la mort cellulaire devient irréversible en quelques semaines. D’où l’urgence absolue.
Les trois mécanismes de décollement de rétine
Décollement rhegmatogène (par déchirure)
Forme la plus fréquente (~95 %). Mécanisme : une déchirure ou un trou rétinien laisse passer le vitré liquéfié sous la rétine sensorielle, qui se soulève alors progressivement. L’origine typique est le décollement postérieur du vitré (DPV), phénomène physiologique du vieillissement (60 % des plus de 65 ans), qui dans 10-15 % des cas tire sur des zones d’adhérence et crée une déchirure. Facteurs aggravants : dégénérescences rétiniennes périphériques (palissades, blanc sans pression), myopie forte, pseudophakie (œil opéré de cataracte), traumatisme oculaire.
Décollement tractionnel
Forme moins fréquente (~3-4 %). Mécanisme : contraction de membranes fibrovasculaires tractant sur la rétine, sans déchirure. Causes : rétinopathie diabétique proliférante évoluée, rétinopathie du prématuré, drépanocytose, vitréorétinopathies proliférantes post-chirurgicales (PVR).
Décollement exsudatif (séreux)
Forme rare (~1-2 %). Passage de liquide depuis la choroïde vers l’espace sous-rétinien, sans déchirure ni traction. Causes : tumeurs choroïdiennes (mélanome, hémangiome, métastases), inflammations sévères (Vogt-Koyanagi-Harada, uvéites postérieures), HTA maligne, toxémie gravidique sévère, choriorétinopathie séreuse centrale bulleuse.
Symptômes : ce qui doit alerter immédiatement
- Apparition brutale de corps flottants nombreux (« mouches volantes », filaments noirs, points sombres, toiles d’araignée). Témoignent souvent d’un décollement postérieur du vitré avec déchirure rétinienne
- Éclairs lumineux (phosphènes) — perçus latéralement, plus marqués dans l’obscurité ou au mouvement de l’œil. Signent une traction vitréo-rétinienne en cours
- Voile noir, rideau ou ombre qui apparaît dans le champ visuel et s’agrandit progressivement (souvent de la périphérie vers le centre). Signe direct du décollement
- Amputation du champ visuel — particulièrement dans les quadrants opposés au décollement (les images étant inversées par le cristallin)
- Baisse brutale de la vision centrale — survient quand le décollement atteint la macula. Tournant pronostique majeur
- Vision déformée (métamorphopsies) — si la macula commence à se soulever
Particularité importante : le décollement de rétine n’est jamais douloureux et ne provoque pas d’œil rouge. L’absence de douleur ne doit pas faire sous-estimer la gravité. Conduite à tenir : tout symptôme évocateur impose une consultation ophtalmologique en urgence sous 24-48 heures — service d’urgences ophtalmologiques d’un CHU, ophtalmologue traitant, ou 15 (Samu) pour orientation.
Facteurs de risque
- Myopie forte (> -6 D) — risque multiplié par 10. Œil plus long, rétine étirée et plus fine. Fond d’œil annuel à vie indispensable
- Antécédents personnels — ~10-15 % de bilatéralisation à 5 ans après un premier décollement
- Antécédents familiaux — formes familiales de dégénérescences rétiniennes
- Chirurgie de la cataracte — risque multiplié par 4-5, particulièrement dans les 12 premiers mois post-opératoires
- Traumatisme oculaire — contusion (sport, accident), plaie perforante. Le décollement peut survenir des mois après
- Décollement postérieur du vitré symptomatique — phosphènes, corps flottants nouveaux. Nécessite un fond d’œil rapide
- Dégénérescences rétiniennes périphériques — palissades, blanc sans pression, bave d’escargot
- Rétinopathie diabétique proliférante — décollement tractionnel
- Pathologies particulières — syndromes de Marfan, Stickler, Ehlers-Danlos
Diagnostic
- Fond d’œil dilaté — examen de référence. Visualisation directe de la rétine décollée, recherche de la ou des déchirures responsables, évaluation par rapport à la macula. À réaliser en urgence absolue
- Échographie B — indispensable en cas d’opacité des milieux (cataracte dense, hémorragie du vitré associée). Confirme le diagnostic et localise les déchirures
- OCT maculaire — précise si la macula est encore en place ou décollée (élément pronostique majeur)
- Rétinographie grand champ (Optos, Clarus) — documentation préopératoire
- Examen du second œil systématique — recherche de déchirures et palissades controlatérales
Le mot de l’ophtalmologue sur le décollement de rétine
« Le décollement de rétine est l’une des urgences ophtalmologiques où chaque heure compte. Un décollement opéré dans les 24 heures suivant les premiers symptômes, avant que la macula ne soit décollée, permet une récupération visuelle proche de la normale dans plus de 90 % des cas. Le même décollement opéré une semaine plus tard, après que la macula s’est décollée, laisse souvent des séquelles définitives — métamorphopsies, baisse d’acuité, perte de la sensibilité au contraste. Le message essentiel : devant des corps flottants brutaux, des éclairs lumineux ou un voile noir progressif — particulièrement si vous êtes myope fort, opéré de cataracte ou avez des antécédents — ne pas attendre. Consulter immédiatement. Une déchirure rétinienne sans décollement peut être traitée en quelques minutes au laser argon en consultation et évite la chirurgie. Un décollement nécessite une chirurgie en urgence mais conserve un excellent pronostic visuel si la macula est encore en place. La précocité conditionne tout. »
Dr Hugo Bourdon — Ophtalmologue, chirurgien réfractif
Traitement chirurgical
Il n’existe aucun traitement médical du décollement de rétine. Le seul traitement est chirurgical, à réaliser idéalement dans les 24 à 72 heures suivant le diagnostic.
Vitrectomie postérieure
Technique de référence aujourd’hui. Trois micro-incisions de 0,5 mm (25G ou 27G) dans la sclère permettent d’introduire éclairage, sonde de vitrectomie et infusion. Le chirurgien retire le vitré (relâche les tractions), évacue le liquide sous-rétinien, repositionne la rétine contre l’épithélium pigmentaire, réalise un endolaser argon autour des déchirures pour créer une adhérence cicatricielle permanente, et tamponne le globe par un gaz expansif (SF6 ~2-3 semaines, C2F6 ~4-5 semaines, C3F8 ~6-8 semaines) ou par de l’huile de silicone.
Sous anesthésie générale ou loco-régionale, 45-90 minutes. Positionnement post-opératoire (face vers le sol ou décubitus latéral) pendant 1 à 2 semaines pour faire correspondre la bulle de gaz à la zone à tamponner. Particularités du tamponnement par gaz : avion strictement interdit (expansion du gaz à l’altitude = montée brutale de la PIO), plongée interdite, anesthésie générale au protoxyde d’azote à signaler. Reprise des activités normales en 4-6 semaines.
Cryoindentation (cerclage scléral)
Technique historique toujours d’actualité, particulièrement chez les patients jeunes phaques. Une bande de silicone est placée autour du globe au niveau des déchirures pour rapprocher mécaniquement EPR et rétine décollée. La zone des déchirures est traitée par cryothérapie transsclérale (-80°C). Avantage : pas de gaz, donc moins de contraintes post-opératoires (avion possible). Inconvénients : modification de la réfraction (myopisation), parfois inconfort prolongé.
Rétinopexie pneumatique
Technique mini-invasive réservée à certains décollements simples (déchirure unique supérieure, sans PVR, jeune patient). Injection d’une bulle de gaz expansif dans la cavité vitréenne suivie d’un positionnement strict. La déchirure est traitée au laser ou par cryothérapie. Taux de réussite ~60-75 % en première intention. Indication étroite.
Laser argon préventif : la prévention essentielle
Indication majeure de prévention. En cas de déchirure rétinienne sans décollement (ou de palissades à risque) découverte au fond d’œil, un laser argon préventif en consultation, sans anesthésie, permet en quelques minutes de cerner la zone fragile par une couronne d’impacts. La cicatrisation crée une adhérence forte qui prévient la progression vers le décollement. Examen indispensable, simple, indolore, qui évite la chirurgie.
Tableau récapitulatif : techniques chirurgicales
| Technique | Principe | Indication préférentielle | Particularités |
|---|---|---|---|
| Vitrectomie postérieure | Ablation du vitré, drainage, endolaser, tamponnement gaz/silicone | Référence : décollements complexes, pseudophakes, déchirures multiples | Positionnement 1-2 semaines, pas d’avion sous gaz |
| Cryoindentation | Bande silicone autour du globe + cryothérapie | Patients jeunes phaques, décollements simples | Myopisation, pas de gaz donc avion possible |
| Rétinopexie pneumatique | Injection de gaz + positionnement + laser | Déchirure supérieure unique simple | Mini-invasive, taux de succès inférieur |
| Laser argon préventif | Couronne d’impacts autour de la déchirure | Déchirure SANS décollement | En consultation, sans anesthésie, prévient la chirurgie |
Évolution, complications et résultats
Taux de succès anatomique (rétine recollée) : ~90-95 % en première intention pour les décollements simples opérés rapidement. Certains décollements compliqués (PVR — prolifération vitréo-rétinienne, décollements totaux anciens) peuvent nécessiter 2 voire 3 interventions.
Récupération visuelle dépend essentiellement de deux facteurs : l’état de la macula avant chirurgie (facteur pronostique n°1) — récupération proche de la normale dans >90 % des cas si macula en place, séquelles fréquentes si macula décollée depuis plusieurs jours — et le délai depuis le décollement de la macula (chaque jour compte).
Complications possibles : récidive du décollement (5-10 %, souvent par PVR), cataracte secondaire (presque inéluctable après vitrectomie, 12-24 mois), hypertonie oculaire transitoire ou prolongée, membrane épirétinienne post-opératoire (peut nécessiter un pelage), endophtalmie post-opératoire (exceptionnelle ~0,05 %), œdème maculaire post-opératoire (Irvine-Gass, transitoire).
Prévention
- Connaître les signes d’alerte — corps flottants brutaux, phosphènes, voile noir — particulièrement chez myope fort, opéré de cataracte, antécédents familiaux
- Fond d’œil annuel à vie chez le myope fort — détection des déchirures et palissades, traitement préventif au laser
- Fond d’œil dans les 12 mois suivant la chirurgie de cataracte, surtout si symptômes
- Examen du second œil chez tout patient ayant fait un décollement
- Port de lunettes de protection lors d’activités à risque (sports de balle, bricolage, travail industriel)
- Consultation systématique en cas de DPV symptomatique — premier épisode de corps flottants brutaux ou phosphènes
Foire aux questions sur le décollement de rétine
Le mot de l’expert sur le décollement de rétine
Le décollement de rétine est une urgence chirurgicale où chaque jour compte, surtout tant que la macula n’est pas atteinte, car c’est elle qui conditionne la vision centrale finale. Un voile sombre qui monte ou descend comme un rideau, précédé d’éclairs et de mouches, doit amener à consulter le jour même. Opéré à temps, le décollement est réparé dans plus de neuf cas sur dix.
Dr Hugo Bourdon
Sources et références
- Société Française d’Ophtalmologie (SFO)
- Décollement de rétine — Haute Autorité de Santé (HAS)
- Œil et vision — INSERM
- Décollement de rétine — Assurance Maladie (Ameli.fr)
- Detached and Torn Retina — American Academy of Ophthalmology (AAO)
- Retinal Detachment — National Health Service (NHS)
- Retinal Detachment — National Eye Institute (NIH)
- L’ophtalmologie — Label QualiDoc
- Décollement de la rétine — Wikipédia
