Glaucome aigu par fermeture de l’angle : urgence absolue
Le glaucome aigu par fermeture de l’angle est une urgence ophtalmologique absolue. Il survient lorsque l’angle iridocornéen se ferme brutalement, bloquant l’évacuation de l’humeur aqueuse. La pression intraoculaire grimpe en quelques heures à 50, 60 voire 80 mmHg (normale < 21 mmHg). Le tableau est bruyant et caractéristique : douleur intense unilatérale, vision floue, halos colorés, œil rouge et dur, nausées et vomissements (cause fréquente d’errances vers les urgences digestives). Sans traitement dans les 6 à 24 heures, le risque de cécité définitive est majeur. Traitement : abaissement urgent de la pression par collyres hypotenseurs intensifs, puis iridotomie périphérique au laser YAG qui crée un microscopique passage dans l’iris pour rétablir la circulation. Iridotomie préventive systématique sur l’œil controlatéral. Population à risque : hypermétropes, > 60 ans, femmes, origine asiatique, antécédents familiaux.

Le glaucome aigu en bref
- Définition : fermeture brutale de l’angle iridocornéen bloquant l’évacuation de l’humeur aqueuse
- URGENCE OPHTALMOLOGIQUE ABSOLUE — prise en charge sous 6-24 heures
- Pression intraoculaire : 50-80 mmHg (normale < 21)
- Symptômes : douleur intense unilatérale, vision floue, halos, œil rouge et dur, nausées, vomissements, céphalées
- Mydriase semi-fixée aréactive caractéristique
- Facteurs de risque : hypermétropie, âge > 60 ans, sexe féminin (x3), origine asiatique, antécédents familiaux, cataracte avancée
- Facteurs déclenchants : obscurité, stress, anticholinergiques, tricycliques, topiramate
- Diagnostic : tonométrie, gonioscopie, lampe à fente
- Traitement initial : pilocarpine + bêta-bloquant + alpha-agoniste + acétazolamide IV ± mannitol IV
- Traitement curatif : iridotomie périphérique au laser YAG
- Œil controlatéral : iridotomie préventive systématique (50-75 % de risque de crise dans les 5 ans)
- Pronostic : excellent si prise en charge précoce ; cécité possible si retard > 24-48 h
- Le glaucome aigu en bref
- Comprendre le mécanisme
- Symptômes : un tableau bruyant et caractéristique
- Facteurs de risque
- Diagnostic
- Traitement : urgence en deux temps
- Tableau récapitulatif : prise en charge
- Pronostic et complications
- Dépistage et prévention
- Foire aux questions sur le glaucome aigu
- Sources et références
Comprendre le mécanisme
L’humeur aqueuse est le liquide transparent qui circule dans la partie antérieure de l’œil. Produite par le corps ciliaire, elle traverse la pupille puis s’évacue par le trabéculum situé dans l’angle iridocornéen. Cet équilibre maintient une PIO normale (10-21 mmHg).
Chez certaines personnes prédisposées (chambre antérieure anatomiquement étroite), cet angle peut se fermer brutalement par bascule de l’iris vers l’avant. L’humeur aqueuse continue à être produite mais ne peut plus s’évacuer : la pression monte rapidement. Mécanismes :
- Bloc pupillaire (~90 %) — accolement de l’iris au cristallin au niveau de la pupille
- Iris-plateau — anatomie particulière de l’insertion irienne
- Cristallin volumineux (phacomorphique) — cataracte évoluée poussant l’iris
- Glaucome malin — mécanisme postérieur rare, parfois post-chirurgical
Facteurs déclenchants : passage en obscurité prolongée, stress, médicaments mydriatiques (antidépresseurs tricycliques, antihistaminiques anticholinergiques, antispasmodiques, atropine).
Symptômes : un tableau bruyant et caractéristique
- Douleur oculaire intense unilatérale — à type d’arrachement, irradiant vers le front, la tempe
- Baisse de vision brutale — vision floue, halos colorés (œdème cornéen)
- Œil rouge et larmoyant — congestion conjonctivale intense
- Œil dur à la palpation — pression si élevée que l’œil est palpable comme une bille
- Mydriase semi-fixée aréactive — pupille dilatée à 5-6 mm, non réactive
- Œdème cornéen — aspect en « buée »
- Céphalées intenses pulsatiles ipsilatérales
- Nausées et vomissements — cause fréquente d’errance diagnostique vers les urgences digestives
- Photophobie
Forme typique : patient(e) hypermétrope, > 60 ans, réveillé(e) en pleine nuit avec douleur oculaire violente, vision floue avec halos colorés, vomissements. Le passage en obscurité a déclenché une mydriase physiologique précipitant la fermeture de l’angle.
Formes subaiguës intermittentes : « prodromes » — épisodes nocturnes brefs de douleur oculaire avec halos résolutifs au réveil. Doivent alerter et conduire à un examen avec gonioscopie avant la crise franche.
Facteurs de risque
- Hypermétropie — facteur n°1. Œil court, cristallin plus volumineux, chambre antérieure étroite
- Âge > 60 ans — le cristallin grossit avec l’âge
- Sexe féminin — risque x3
- Origine ethnique — populations asiatiques (x10-15), inuit
- Antécédents familiaux de glaucome aigu
- Cataracte avancée — cristallin volumineux (phacomorphique)
- Œil controlatéral ayant déjà fait une crise — 50-75 % de risque dans les 5 ans sans iridotomie préventive
Médicaments à risque chez sujet prédisposé : anticholinergiques (atropine, scopolamine, antispasmodiques), antidépresseurs tricycliques, antihistaminiques de première génération, bronchodilatateurs nébulisés à ipratropium, topiramate, sympathomimétiques (pseudoéphédrine).
Diagnostic
- Tonométrie — PIO 50-80 mmHg
- Lampe à fente — mydriase semi-fixée, œdème cornéen, chambre antérieure étroite, Tyndall
- Gonioscopie — examen de référence (verre à trois miroirs), à réaliser préférentiellement sur l’œil controlatéral
- OCT du segment antérieur — alternative non invasive
- UBM — échographie haute fréquence (iris-plateau)
- Fond d’œil — souvent gêné par l’œdème cornéen au stade aigu
Diagnostics différentiels : uvéite hypertensive, crise glaucomato-cyclitique (Posner-Schlossman), glaucome néovasculaire, glaucome traumatique, kératite aiguë, abcès de cornée.
Le mot de l’ophtalmologue sur le glaucome aigu
« Le glaucome aigu est l’une des urgences les plus stressantes en ophtalmologie : le compte à rebours est lancé, chaque heure de retard augmente le risque de séquelles définitives. Mais c’est aussi l’une des pathologies où, bien pris en charge, le pronostic est excellent — restitutio ad integrum dans la grande majorité des cas. Deux messages essentiels. Premièrement : la triade « douleur oculaire intense + vision floue avec halos + nausées » doit immédiatement faire évoquer un glaucome aigu, particulièrement chez une femme hypermétrope de plus de 60 ans. Trop souvent encore, ces patients passent d’abord aux urgences digestives pendant des heures précieuses. Deuxièmement : une fois la crise traitée, l’iridotomie préventive sur l’œil controlatéral est INDISPENSABLE. Sans elle, le risque de crise sur l’autre œil dans les 5 ans est de 50 à 75 %. Une procédure laser de 5 minutes en consultation suffit à protéger l’œil pour la vie. »
Dr Hugo Bourdon — Ophtalmologue, chirurgien réfractif
Traitement : urgence en deux temps
Phase 1 : abaissement urgent de la pression
Objectif : ramener rapidement la PIO en dessous de 35 mmHg. Plusieurs classes utilisées simultanément :
- Pilocarpine 2 % en collyre — myotique qui contracte la pupille et tire l’iris hors de l’angle
- Bêta-bloquant local (timolol 0,5 %)
- Alpha-2 agoniste local (brimonidine, apraclonidine)
- Inhibiteur de l’anhydrase carbonique local (dorzolamide, brinzolamide)
- Acétazolamide (Diamox®) IV 500 mg puis per os — très efficace
- Mannitol IV 1-2 g/kg en cas de résistance — agent hyperosmotique
- Antiémétiques et antalgiques
Position semi-assise. Surveillance étroite de la PIO toutes les 30-60 minutes.
Phase 2 : iridotomie au laser YAG (curative)
L’iridotomie périphérique au laser YAG est le traitement curatif définitif. Création d’un microscopique trou (200-300 µm) dans la racine de l’iris, permettant à l’humeur aqueuse de passer directement de la chambre postérieure à la chambre antérieure, court-circuitant le bloc pupillaire.
Réalisée en consultation, sous anesthésie topique, durée 5-10 minutes par œil. Le patient ressent des flashs lumineux, sans douleur. En cas d’œdème cornéen persistant, une iridoplastie au laser argon peut être réalisée préalablement.
Iridotomie systématique sur l’œil controlatéral dans les jours/semaines suivants. 50-75 % de risque de crise dans les 5 ans en l’absence de prévention.
Cas particuliers
- Cataracte avancée (phacomorphique) — traitement de référence : chirurgie de cataracte avec implant fin
- Iris-plateau — l’iridotomie ne suffit pas. Iridoplastie au laser argon complémentaire
- Crise réfractaire — chirurgie filtrante ou iridectomie chirurgicale en urgence
Tableau récapitulatif : prise en charge
| Phase | Délai | Traitement | Objectif |
|---|---|---|---|
| Phase 1 — Urgence | 0-6 heures | Pilocarpine + bêta-bloquant + alpha-agoniste + acétazolamide IV ± mannitol IV | PIO < 35 mmHg |
| Phase 2 — Curative | 6-48 h (cornée claire) | Iridotomie périphérique au laser YAG | Rétablir circulation HA |
| Phase 3 — Prévention | Jours-semaines | Iridotomie YAG préventive controlatérale | Éviter crise sur l’autre œil |
| Cas phacomorphique | Variable | Chirurgie de cataracte + implant fin | Élimination facteur mécanique |
| Iris-plateau | Après iridotomie | Iridoplastie au laser argon | Rétracter racine irienne |
| Cas réfractaire | Si échec médical | Chirurgie filtrante ou iridectomie chirurgicale | Décompression urgente |
Pronostic et complications
Avec prise en charge précoce (< 24 heures) : pronostic généralement excellent, récupération visuelle complète dans la grande majorité des cas, l’iridotomie YAG protège durablement.
En cas de retard ou crise prolongée :
- Atrophie optique avec perte définitive du champ visuel
- Synéchies antérieures périphériques (SAP) — adhérences iris-trabéculum définitives, glaucome chronique post-acutaire
- Atrophie irienne sectorielle, mydriase permanente
- Glaucome chronique secondaire avec traitement à vie
- Cataracte secondaire précoce (glaukomflecken — taches blanches sous-capsulaires pathognomoniques)
- Décompensation cornéenne endothéliale tardive
- Cécité définitive dans les retards majeurs
Dépistage et prévention
- Gonioscopie systématique chez les sujets à risque (hypermétropes, > 60 ans, femmes, antécédents familiaux)
- Iridotomie YAG préventive en cas d’angle anatomiquement étroit, avant la première crise
- Information médicamenteuse chez les patients prédisposés : signaler le terrain aux médecins (psychiatre, gastro-entérologue, ORL, neurologue) avant prescription d’anticholinergiques, tricycliques, antihistaminiques, topiramate
- Iridotomie controlatérale systématique après une première crise
- Surveillance ophtalmologique annuelle post-iridotomie
Foire aux questions sur le glaucome aigu
Sources et références
- Société Française d’Ophtalmologie (SFO)
- Société Française du Glaucome (SFG)
- Glaucome — Haute Autorité de Santé (HAS)
- Œil et vision — INSERM
- Acute Angle-Closure Glaucoma — American Academy of Ophthalmology (AAO)
- Glaucoma — National Health Service (NHS)
- Glaucoma — National Eye Institute (NIH)
- L’ophtalmologie — Label QualiDoc
- Glaucome — Wikipédia
