Anneaux intracornéens : traitement du kératocône et des ectasies

Les anneaux intracornéens (ou ICRS — IntraCorneal Ring Segments) sont de petits arcs en plastique biocompatible insérés à l’intérieur de l’épaisseur de la cornée pour en remodeler la forme. Leur indication principale est le kératocône, maladie qui déforme progressivement la cornée en cône, et les ectasies cornéennes post-chirurgie réfractive. Les anneaux intracornéens permettent de régulariser la surface cornéenne, d’améliorer la vision corrigée et de retarder ou éviter une greffe de cornée. Ils n’arrêtent toutefois pas la progression du kératocône — ils sont souvent associés à un cross-linking cornéen qui stabilise la maladie. Cet article explique le principe, l’intervention, les résultats attendus et les alternatives.

Anneau intracornéen kératocône

Les anneaux intracornéens en bref

  • Principe : petits arcs en PMMA insérés à mi-épaisseur de la cornée pour la remodeler
  • Indication principale : kératocône stade I à III, ectasies cornéennes post-chirurgie réfractive
  • Marques disponibles : Intacs, Ferrara, Keraring, Myoring
  • Effets : régularisation de la cornée, baisse de l’astigmatisme, amélioration de l’acuité visuelle corrigée
  • Procédure : 15-20 minutes par œil, anesthésie locale, ambulatoire
  • Réversibilité : les anneaux peuvent être retirés ou remplacés
  • Limite : ne stabilisent pas la progression du kératocône — association fréquente avec cross-linking
  • Alternative aux stades sévères : greffe de cornée lamellaire (DALK) ou pénétrante

Le mot de l’expert

Les anneaux intracornéens ont profondément transformé la prise en charge du kératocône depuis 20 ans. Là où, autrefois, on n’avait que la lentille rigide ou la greffe, on dispose aujourd’hui d’une option intermédiaire élégante qui peut redonner plusieurs lignes d’acuité visuelle, améliorer la tolérance aux lentilles et retarder, voire éviter, une greffe de cornée. Mais il faut bien comprendre une chose : les anneaux ne « guérissent » pas le kératocône, ils en remodèlent la surface. La maladie sous-jacente peut continuer à progresser et doit être stabilisée en parallèle par un cross-linking cornéen. C’est cette association qui donne les meilleurs résultats à long terme.

Dr Hugo Bourdon

Comprendre le kératocône

Le kératocône est une maladie évolutive de la cornée caractérisée par un amincissement progressif et une déformation en cône de sa partie centrale ou paracentrale. Il touche environ 1 personne sur 2 000, débute le plus souvent à l’adolescence et progresse jusqu’à 30-40 ans. Les symptômes :

  • Vision floue, déformée, irrégulière non corrigée totalement par les lunettes
  • Astigmatisme irrégulier qui progresse rapidement
  • Halos, dédoublements, fantômes visuels
  • Intolérance aux lentilles
  • Frottement chronique des yeux (allergie, eczéma) — facteur aggravant majeur

Le diagnostic repose sur la topographie cornéenne (Pentacam, OCT cornéen). Le traitement combine selon le stade : lunettes/lentilles, cross-linking pour stabiliser, anneaux intracornéens pour régulariser la forme, greffe de cornée dans les stades très avancés.

Le principe des anneaux intracornéens

Les anneaux intracornéens sont des petits arcs (segments) en PMMA (polyméthacrylate de méthyle, plastique biocompatible utilisé depuis 50 ans en chirurgie oculaire), d’environ 1 mm de large et 5-6 mm de diamètre, insérés dans l’épaisseur du stroma cornéen à environ 70-80 % de l’épaisseur totale.

Une fois en place, ils agissent comme des ressorts mécaniques qui :

  • Aplatissent la zone centrale (la pointe du cône)
  • Régularisent la topographie en redistribuant les forces dans la cornée
  • Diminuent l’astigmatisme irrégulier de plusieurs dioptries
  • Améliorent l’acuité visuelle corrigée et non corrigée
  • Restaurent une bonne tolérance aux lentilles souples ou hybrides

Les différents types d’anneaux

  • Intacs (Addition Technology) : les premiers commercialisés, en forme d’arc avec section hexagonale
  • Ferrara : section triangulaire, plus court, effet plus marqué — particulièrement adapté aux cônes décentrés
  • Keraring : similaire au Ferrara, plusieurs tailles et épaisseurs disponibles
  • Myoring (Dioptex) : anneau complet circulaire (et non un segment), pour les kératocônes plus avancés

Le choix du modèle (1 ou 2 segments, épaisseur, longueur d’arc, axe d’implantation) est déterminé par une analyse topographique précise du kératocône (position du cône, sévérité de l’astigmatisme, asymétrie).

L’intervention étape par étape

  • Anesthésie par collyres anesthésiants
  • Création d’un tunnel cornéen à mi-profondeur (70-80 % de l’épaisseur) au laser femtoseconde — geste précis et rapide (5-10 secondes)
  • Insertion des anneaux manuellement dans le tunnel à l’aide d’une petite pince
  • Positionnement précis selon l’axe topographique préopératoire
  • Fermeture spontanée de la mini-incision d’accès (1-1,5 mm), sans suture
  • Durée totale : 15 à 20 minutes par œil
  • Sortie immédiate avec coque de protection et collyres antibiotique/anti-inflammatoire

Les suites opératoires

  • Inconfort modéré les 24-48 premières heures (sensation de corps étranger)
  • Larmoiement, photophobie transitoires
  • Vision floue les premiers jours, amélioration progressive sur 2-4 semaines
  • Collyres : antibiotique 7 jours, anti-inflammatoire 3-4 semaines en dégressif
  • Stabilisation visuelle à 1-3 mois
  • Nouvelles lunettes ou lentilles souvent prescrites à 1-3 mois pour corriger la réfraction résiduelle

Résultats attendus

  • Gain de 2 à 4 lignes d’acuité visuelle corrigée dans la majorité des cas
  • Diminution de l’astigmatisme irrégulier de 2 à 5 dioptries
  • Tolérance restaurée aux lentilles souples ou hybrides
  • Évitement ou retard de la greffe de cornée dans 70-80 % des cas
  • Réversibilité : les anneaux peuvent être retirés si l’effet n’est pas satisfaisant — la cornée retrouve sa forme initiale

Les résultats sont d’autant meilleurs que le kératocône est débutant à modéré. Aux stades avancés (cornée très fine, cicatrices stromales), la greffe reste l’option à privilégier.

L’association avec le cross-linking

Les anneaux intracornéens ne stabilisent pas le kératocône. La maladie sous-jacente peut continuer à progresser et entraîner à nouveau une déformation. C’est pourquoi un cross-linking cornéen (CXL) — application de riboflavine + UV-A pour renforcer les liaisons collagéniques du stroma — est souvent associé aux anneaux pour stabiliser la cornée.

  • Indications du CXL : kératocône progressif documenté (aggravation de la topographie en quelques mois)
  • Séquence : CXL d’abord ou anneaux d’abord, à discuter selon le profil
  • Procédure CXL : ambulatoire, 30 minutes, similaire à la PKR en termes de récupération
  • Efficacité du CXL : stabilisation dans 90 % des cas, parfois légère amélioration topographique

Tableau récapitulatif des options du kératocône

StadeTraitement principal
Débutant (I) — astigmatisme légerLunettes ou lentilles souples toriques. Surveillance.
ÉvolutifCross-linking (CXL) pour stabiliser
Modéré (II-III) — astigmatisme importantAnneaux intracornéens ± CXL
Sévère (III-IV) — vision corrigée altéréeAnneaux + lentilles rigides, ou greffe lamellaire (DALK)
Très sévère / hydropsGreffe de cornée pénétrante (PKP)
Stratégie thérapeutique selon le stade du kératocône

Risques et complications

  • Migration ou extrusion d’un anneau (< 5 %) : déplacement à travers l’incision, nécessite parfois un repositionnement ou un retrait
  • Infection cornéenne (< 1 %) : rare, prévenue par les collyres antibiotiques
  • Halos nocturnes transitoires
  • Sécheresse oculaire postopératoire
  • Sous-correction ou sur-correction : ajustement éventuel (changement d’anneau, ajout d’un deuxième segment)
  • Néovaisseaux cornéens au site d’incision (rare)

Questions fréquentes

Conclusion

Les anneaux intracornéens sont une excellente option thérapeutique pour le kératocône modéré et les ectasies cornéennes, permettant de régulariser la cornée, d’améliorer l’acuité visuelle corrigée de 2 à 4 lignes, et de retarder ou éviter une greffe de cornée dans 70-80 % des cas. Leur action est mécanique et réversible — ils peuvent être retirés ou remplacés selon les résultats. Ils ne stabilisent pas la progression de la maladie ; un cross-linking cornéen doit être associé en cas de kératocône évolutif pour préserver les bénéfices à long terme. La procédure est rapide (15-20 minutes), ambulatoire, et la récupération se fait en 1 à 3 mois. Au Centre Iris à Toulon, le Dr Hugo Bourdon propose une évaluation complète des kératocônes et oriente vers la meilleure stratégie thérapeutique selon le stade.

Sources

Article rédigé et relu par le Dr Hugo Bourdon, chirurgien ophtalmologue à la Clinique Saint-Michel ELSAN et au Centre Iris – Institut Toulonnais d’Ophtalmologie (281 rue Jean Jaurès, Toulon).