Conjonctivite : causes, symptômes et traitements
La conjonctivite est l’inflammation de la conjonctive, fine membrane transparente qui tapisse la face interne des paupières et recouvre la partie blanche de l’œil. C’est l’un des motifs de consultation ophtalmologique les plus fréquents, avec plusieurs millions de cas par an en France. Quatre grandes causes : virale (~50-60 %, très contagieuse, souvent adénovirus), bactérienne (sécrétions purulentes typiques), allergique (saisonnière pollinique ou perannuelle aux acariens, démangeaisons au premier plan) et irritative (chlore, fumée, lentilles, produits chimiques). Symptômes communs : œil rouge, larmoiement, sensation de sable, avec des sécrétions et associations variables selon l’étiologie. La majorité guérissent spontanément en 7-14 jours. Cependant, certains signes d’alerte (douleur intense, baisse de vision, photophobie marquée) doivent faire évoquer une pathologie plus grave (kératite, uvéite antérieure, glaucome aigu) imposant une consultation ophtalmologique urgente.

La conjonctivite en bref
- Définition : inflammation de la conjonctive (membrane transparente recouvrant la face interne des paupières et la sclère)
- Motif de consultation ophtalmologique le plus fréquent
- 4 grandes causes : virale (~50-60 %), bactérienne (~15-20 %), allergique (~15-20 %), irritative (~5-10 %)
- Virale : adénovirus++, très contagieuse, larmoiement clair, adénopathie pré-auriculaire, contexte épidémique
- Bactérienne : sécrétions purulentes jaunâtres, paupières collées au réveil, généralement unilatérale au début
- Allergique : bilatérale, démangeaisons au premier plan, terrain atopique, saisonnalité pollinique
- Irritative : chlore, fumée, produits chimiques, lentilles de contact
- Signes d’alerte (autre pathologie) : douleur intense, baisse de vision, photophobie, anomalie pupillaire — évoquer kératite, uvéite, glaucome aigu
- Diagnostic : clinique. Prélèvement bactériologique réservé aux formes sévères
- Traitement : selon étiologie — sérum physiologique pour toutes, antibiotique local si bactérienne, antihistaminique si allergique, hygiène stricte si virale
- Évolution : guérison en 7-14 jours dans la majorité des cas
- Prévention : hygiène des mains, éviction des contacts contaminants, ne pas se frotter les yeux, identifier les allergènes
- La conjonctivite en bref
- Anatomie : qu'est-ce que la conjonctive ?
- Les quatre grandes formes de conjonctivite
- Signes d'alerte : reconnaître une pathologie plus grave
- Diagnostic
- Traitement selon l'étiologie
- Tableau récapitulatif : caractéristiques par étiologie
- Prévention
- Foire aux questions sur la conjonctivite
- Sources et références
Anatomie : qu’est-ce que la conjonctive ?
La conjonctive est une fine membrane muqueuse transparente et vascularisée qui tapisse la face interne des paupières (conjonctive palpébrale), recouvre la surface de l’œil sur la sclère (conjonctive bulbaire), avec un cul-de-sac conjonctival entre ces deux feuillets. Elle ne recouvre pas la cornée (la partie transparente centrale, qui est une structure distincte). C’est une zone d’échange et de défense, contenant de nombreux vaisseaux, des cellules immunitaires et des glandes lacrymales accessoires. Son inflammation peut être déclenchée par de multiples agents : virus, bactéries, allergènes, irritants chimiques, frottement mécanique.
Les quatre grandes formes de conjonctivite
Conjonctivite virale
Forme la plus fréquente (~50-60 %). Étiologie principale : adénovirus, mais également entérovirus, herpès, varicelle-zona, virus de la grippe, coronavirus. Tableau typique : début souvent unilatéral puis bilatéralisation, larmoiement clair abondant, peu de sécrétions purulentes, œil rouge, sensation de sable, adénopathie pré-auriculaire (devant l’oreille) fréquente, parfois follicules sur la conjonctive tarsale, contexte épidémique souvent, syndrome viral associé parfois.
Particularité : la kérato-conjonctivite épidémique (KCE) à adénovirus est une forme sévère avec atteinte cornéenne (nummuli sous-épithéliaux pouvant gêner la vision plusieurs semaines à mois). Hautement contagieuse, éviction professionnelle ou scolaire. Contagiosité par contact direct (mains, poignées, serviettes) pendant 7 à 14 jours.
Conjonctivite bactérienne
~15-20 % des conjonctivites. Germes principaux adulte : Staphylocoque, Streptocoque, Haemophilus. Enfant : Haemophilus, Streptocoque. Cas particulier : Chlamydia trachomatis (nouveau-né, conjonctivite à inclusions adulte sexuellement actif). Tableau typique : début unilatéral, sécrétions purulentes jaunâtres ou verdâtres, paupières collées au réveil (signe très évocateur), peu de démangeaisons.
Urgences à reconnaître : conjonctivite hyperaiguë à gonocoque (sécrétions très abondantes, œdème palpébral massif, risque cornéen perforant — urgence absolue) ; conjonctivite à Chlamydia adulte (contexte IST, azithromycine systémique) ; ophtalmie néonatale.
Conjonctivite allergique
15-20 % des conjonctivites, en augmentation. Formes : saisonnière (CAS) aux pollens (rhume des foins), perannuelle (CAP) aux acariens, phanères, moisissures, kératoconjonctivite vernale chez l’enfant (terrain atopique majeur, atteinte cornéenne possible, cause majeure de frottement oculaire et donc de kératocône), kératoconjonctivite atopique adulte, conjonctivite gigantopapillaire sur lentilles.
Tableau : bilatérale et symétrique, démangeaisons au premier plan, larmoiement clair, brûlures, œdème conjonctival (chémosis), hypertrophie papillaire à la face interne des paupières, terrain atopique personnel ou familial (asthme, eczéma, rhinite), récurrences saisonnières.
Conjonctivite irritative ou toxique
Causes : chlore de piscine, fumée (cigarette, pollution), produits chimiques, sécheresse environnementale (air conditionné, vent), conservateurs des collyres au long cours (chlorure de benzalkonium), lentilles de contact mal tolérées, corps étranger sous la paupière.
Signes d’alerte : reconnaître une pathologie plus grave
Toute « conjonctivite » n’est pas une conjonctivite. Les signes d’alerte qui doivent imposer une consultation ophtalmologique urgente :
- Douleur oculaire intense — évoque kératite, uvéite antérieure, glaucome aigu, ulcère cornéen
- Baisse de vision — toute baisse de vision avec œil rouge doit alerter
- Photophobie marquée — typique de l’uvéite et des kératites
- Anomalie pupillaire — mydriase aréactive (glaucome aigu), myosis (uvéite), déformation
- Œil rouge avec nausées et vomissements — glaucome aigu
- Œil rouge unilatéral persistant > 7-10 jours
- Œil rouge chez un porteur de lentilles de contact — éliminer un abcès cornéen, urgence
- Œil rouge après traumatisme
- Sécrétions purulentes très abondantes avec œdème palpébral massif — gonocoque possible
En revanche, une conjonctivite simple « rassurante » se présente par : œil rouge SANS douleur intense, SANS baisse de vision, SANS photophobie majeure, AVEC larmoiement et/ou sécrétions, contexte évocateur (contagion, allergie, irritation).
Diagnostic
- Interrogatoire — contexte épidémique, allergies, port de lentilles, unilatéralité, ancienneté, antécédents
- Examen à la lampe à fente — type de rougeur (diffuse vs en cercle péri-kératique), follicules ou papilles, état de la cornée, Tyndall en chambre antérieure
- Test à la fluorescéine — recherche d’ulcère cornéen, kératite ponctuée
- Mesure de la pression intraoculaire si suspicion de glaucome aigu
- Prélèvement bactériologique — formes sévères, atypiques, résistantes, suspicion gonocoque
- Bilan allergologique en cas de conjonctivite allergique récidivante
Le mot de l’ophtalmologue sur la conjonctivite
« La conjonctivite est un motif de consultation extrêmement fréquent, mais c’est aussi le diagnostic-piège par excellence. Trois messages essentiels. Premièrement : devant un œil rouge, il faut systématiquement éliminer une pathologie plus grave (kératite, uvéite, glaucome aigu) avant d’évoquer une banale conjonctivite. Les signes d’alerte sont simples : douleur intense, baisse de vision, photophobie, anomalie pupillaire. Tout œil rouge avec l’un de ces signes nécessite une consultation ophtalmologique urgente. Deuxièmement : la grande majorité des conjonctivites — virales ou allergiques — ne nécessitent PAS d’antibiotiques. Le réflexe « œil rouge = collyre antibiotique » est une erreur fréquente qui ne soigne rien et qui peut masquer le diagnostic. Les antibiotiques locaux sont réservés aux vraies conjonctivites bactériennes avec sécrétions purulentes typiques. Troisièmement : pour les conjonctivites virales hautement contagieuses (adénovirus), les mesures d’hygiène strictes — lavage des mains, serviettes individuelles — sont aussi importantes que le traitement symptomatique. Point particulier : tout porteur de lentilles avec un œil rouge doit retirer ses lentilles immédiatement et consulter pour éliminer un abcès de cornée. »
Dr Hugo Bourdon — Ophtalmologue, chirurgien réfractif
Traitement selon l’étiologie
Conjonctivite virale
Pas d’antiviral local efficace en pratique courante. Traitement symptomatique : lavages au sérum physiologique plusieurs fois par jour, substituts lacrymaux sans conservateur, compresses froides apaisantes. Mesures d’hygiène strictes : lavage fréquent des mains, serviettes et taies d’oreiller individuelles, ne pas se frotter les yeux, éviction des contacts. Éviction scolaire ou arrêt de travail dans les formes contagieuses. Corticoïdes locaux uniquement sur prescription ophtalmologique en cas de nummuli cornéens gênants. Durée : 7-14 jours, parfois plus pour la KCE.
Conjonctivite bactérienne
Collyre antibiotique à large spectre — fluoroquinolones (ciprofloxacine, ofloxacine, moxifloxacine), aminosides (tobramycine), rifamycine, azithromycine. Posologie : 1 goutte 4 à 6 fois par jour pendant 5-7 jours. Lavages au sérum physiologique avant chaque instillation. Pommade antibiotique le soir. Mesures d’hygiène associées. Cas particuliers : gonocoque (ceftriaxone IM), Chlamydia (azithromycine ou doxycycline orale). Si pas d’amélioration à 5-7 jours : reconsulter, prélèvement bactériologique.
Conjonctivite allergique
- Éviction de l’allergène — fermer les fenêtres en saison pollinique, housses anti-acariens
- Collyres antihistaminiques (lévocabastine, kétotifène, olopatadine, épinastine, alcaftadine, azélastine, bilastine)
- Stabilisateurs de mastocytes (cromoglycate, nédocromil) — préventifs, à débuter 2 semaines avant la saison
- Antihistaminiques systémiques par voie orale si rhinite associée
- Lavages au sérum physiologique froid — soulagent les démangeaisons
- Désensibilisation allergénique dans les formes invalidantes
- Corticoïdes locaux uniquement sur prescription ophtalmologique pour les poussées sévères (risque d’hypertension oculaire et de cataracte au long cours)
Message essentiel : traiter une conjonctivite allergique permet d’éviter le frottement oculaire chronique, lui-même facteur de risque majeur de kératocône. Particulièrement important chez l’enfant et l’adolescent.
Conjonctivite irritative
Identifier et éviter l’irritant. Lavages abondants au sérum physiologique. Substituts lacrymaux sans conservateur. Adaptation des lentilles si en cause. Recherche et retrait d’un corps étranger sous-palpébral.
Tableau récapitulatif : caractéristiques par étiologie
| Critère | Virale | Bactérienne | Allergique | Irritative |
|---|---|---|---|---|
| Fréquence | 50-60 % | 15-20 % | 15-20 % | 5-10 % |
| Latéralité | Unilatérale puis bilatérale | Souvent unilatérale | Bilatérale symétrique | Variable |
| Sécrétions | Larmoiement clair | Purulentes jaunâtres | Larmoiement clair | Larmoiement clair |
| Symptôme prédominant | Sensation de sable, brûlures | Paupières collées au réveil | Démangeaisons +++ | Irritation, picotements |
| Adénopathie pré-auriculaire | Fréquente | Absente | Absente | Absente |
| Contexte | Épidémie, syndrome viral | Sporadique | Saison pollinique, atopie | Exposition à un irritant |
| Contagiosité | Très élevée | Modérée | Nulle | Nulle |
| Traitement de base | Sérum physio + hygiène stricte | Antibiotique local | Antihistaminique local | Éviction + larmes artificielles |
| Durée | 7-14 jours | 5-7 jours sous traitement | Saisonnière ou récurrente | Résolution dès éviction |
Prévention
- Hygiène des mains rigoureuse — lavage fréquent, particulièrement avant de toucher les yeux
- Ne pas se frotter les yeux — geste qui aggrave les conjonctivites allergiques et augmente le risque de kératocône à long terme
- Serviettes et linge individuels en période d’épidémie
- Hygiène des lentilles de contact — respect strict des protocoles, jamais d’eau du robinet
- Éviter les allergènes identifiés — pollens (bulletins RNSA), acariens, animaux
- Lunettes de protection en piscine, milieu poussiéreux ou industriel
- Désensibilisation allergique dans les conjonctivites allergiques invalidantes
Foire aux questions sur la conjonctivite
Le mot de l’expert sur la conjonctivite
La conjonctivite est bénigne dans l’immense majorité des cas, mais c’est aussi le motif où l’on prescrit le plus d’antibiotiques à tort : la plupart sont virales ou allergiques et ne tirent aucun bénéfice d’un collyre antibiotique. Ce qui doit faire consulter sans tarder, c’est une vraie douleur, une baisse de vision, une forte photophobie ou un œil rouge chez un porteur de lentilles : ce ne sont plus les signes d’une simple conjonctivite, mais d’une possible atteinte de la cornée.
Dr Hugo Bourdon
Sources et références
- Société Française d’Ophtalmologie (SFO)
- Conjonctivite aiguë de l’adulte — Haute Autorité de Santé (HAS)
- Conjonctivite — Assurance Maladie (Ameli.fr)
- Œil et vision — INSERM
- Conjunctivitis — American Academy of Ophthalmology (AAO)
- Conjunctivitis — National Health Service (NHS)
- Trachoma — World Health Organization (WHO)
- L’ophtalmologie — Label QualiDoc
- Conjonctivite — Wikipédia
