Implant multifocal unilatéral : la stratégie « un œil sur deux »
La pratique classique des implants multifocaux consistait à les poser de manière bilatérale (un dans chaque œil) pour assurer la cohérence binoculaire. Mais une stratégie alternative émerge depuis quelques années : la pose unilatérale d’un implant multifocal — un seul œil reçoit le multifocal, l’autre étant équipé d’un implant monofocal ou EDOF. Cette stratégie « mixte » a plusieurs avantages : tester la tolérance avant pose bilatérale, compromis qualité optique/indépendance aux lunettes, gestion des cataractes asymétriques, ou réponse à des contre-indications partielles. Cet article explique les indications, les modalités et les résultats de l’implant multifocal unilatéral.

Le multifocal unilatéral en bref
- Principe : implant multifocal sur un seul œil (généralement non-dominant), monofocal ou EDOF sur l’autre
- Indications principales : cataracte asymétrique, test de tolérance avant pose bilatérale, contre-indication partielle (pathologie maculaire unilatérale), patient à profil mixte
- Stratégie typique : monofocal sur l’œil dominant (vision de loin nette, contraste maximum) + multifocal sur l’œil non-dominant (lecture)
- Alternative : EDOF sur l’œil dominant + multifocal sur l’œil non-dominant pour étendre encore la vision
- Avantages : compromis qualité optique / autonomie aux lunettes, réversibilité (le multifocal peut être remplacé), test de tolérance
- Limites : moindre indépendance aux lunettes qu’un multifocal bilatéral, adaptation cérébrale nécessaire
- Implants concernés : IC-8 Apthera (sténopéique, toujours unilatéral), tous les multifocaux trifocaux et EDOF
Le mot de l’expert
La pose unilatérale d’un implant multifocal a longtemps été vue comme un « pis-aller » par rapport à la pose bilatérale considérée comme idéale. Aujourd’hui, on assume mieux cette stratégie comme une vraie option à part entière. Le cas typique : un patient a une cataracte mûre à droite et une cataracte débutante à gauche. On opère la droite, on pose un multifocal — si le patient tolère bien (pas de halos invalidants), on en pose un autre à gauche quand l’heure viendra. Si la tolérance est moyenne (halos modérés, baisse de contraste), on opte pour un monofocal ou un EDOF à gauche : on garde la qualité optique pure d’un œil tout en bénéficiant de la lecture facile sur l’autre. C’est un compromis souvent très bien vécu. La stratégie IC-8 sténopéique + monofocal de l’autre côté, c’est encore une autre histoire — l’IC-8 est conçu pour être unilatéral, jamais bilatéral.
Les indications du multifocal unilatéral
1. Cataracte asymétrique
- Situation fréquente : une cataracte plus mûre nécessitant chirurgie immédiate, l’autre encore tolérable
- Stratégie : opérer le premier œil avec un implant premium (souvent multifocal ou EDOF), évaluer la tolérance, puis opérer le second œil quelques mois ou années plus tard avec le même implant si tolérance bonne
- Avantage : évite de poser un multifocal bilatéral d’emblée si la tolérance est incertaine
2. Test de tolérance avant pose bilatérale
- Stratégie : chez un patient dont on n’est pas sûr de la tolérance aux multifocaux (sensibilité particulière, exigences visuelles élevées), poser d’abord le multifocal sur un œil
- Évaluation à 1-3 mois : tolérance des halos, contraste, satisfaction subjective
- Décision : si bonne tolérance, pose du même implant sur le second œil. Si tolérance moyenne, pose d’un monofocal ou EDOF sur le second œil pour préserver la qualité optique
3. Contre-indications partielles
- Pathologie maculaire unilatérale (membrane épimaculaire, DMLA débutante d’un œil) — multifocal contre-indiqué de ce côté, possible de l’autre
- Cornée irrégulière unilatérale (post-LASIK décentré, kératocône d’un seul côté) — IC-8 sténopéique de ce côté + monofocal de l’autre
- Glaucome avancé unilatéral — monofocal de ce côté + multifocal possible de l’autre
4. Stratégie IC-8 Apthera
- L’implant sténopéique IC-8 est conçu pour être unilatéral (jamais bilatéral)
- Pose : IC-8 sur l’œil non-dominant (étend la profondeur de champ via effet pinhole)
- Autre œil : monofocal optimisé pour la vision de loin emmétrope
- Indication : cornées irrégulières, post-LASIK avec aberrations, kératocônes modérés stables
5. Patient à profil mixte
- Profession à haute exigence visuelle de loin (chirurgien, conducteur professionnel) + besoin de lecture occasionnelle
- Stratégie : monofocal optimisé sur l’œil dominant (qualité de loin maximale, conduite nocturne préservée) + multifocal trifocal ou EDOF sur l’œil non-dominant pour la lecture
- Compromis : meilleure qualité optique qu’un multifocal bilatéral, meilleure autonomie aux lunettes qu’un monofocal bilatéral
Les combinaisons d’implants les plus utilisées
| Œil dominant | Œil non-dominant | Profil patient |
|---|---|---|
| Monofocal | Multifocal trifocal | Compromis qualité loin / lecture |
| Monofocal | EDOF (Vivity, Eyhance) | Compromis qualité loin / vision continue |
| Monofocal | IC-8 sténopéique | Cornée irrégulière unilatérale |
| EDOF | Multifocal trifocal | Profil mixte étendu |
| EDOF | EDOF + mini-myopie | Mini-monovision EDOF |
| Monofocal + mini-myopie -0,75 D | Monofocal emmétrope | Mini-monovision classique |
Avantages et limites de la stratégie unilatérale
Avantages
- Test de tolérance avant engagement bilatéral
- Compromis qualité optique / autonomie aux lunettes : un œil garde le maximum de contraste, l’autre apporte la multifocalité
- Réversibilité : le multifocal peut être remplacé par un monofocal si intolérance, sans toucher au monofocal bien toléré
- Adaptation à des contre-indications unilatérales
- Coût intermédiaire : un seul implant premium au lieu de deux
Limites
- Indépendance aux lunettes moindre qu’avec un multifocal bilatéral
- Adaptation cérébrale nécessaire (le cerveau doit privilégier l’œil le plus net selon la distance)
- Halos asymétriques : visibles seulement de l’œil multifocal, parfois plus perceptibles que dans une stratégie bilatérale
- Précision réfractive importante : les deux yeux doivent être emmétropes pour permettre la fusion binoculaire
Résultats attendus
- Vision de loin : excellente, 9-10/10 binoculaire
- Vision intermédiaire : bonne (apportée par l’œil multifocal ou EDOF)
- Vision de près : apportée par l’œil multifocal — bonne pour la lecture courante, parfois lunettes de lecture pour le texte très fin
- Indépendance aux lunettes : 70-85 % des patients (vs 85-95 % en multifocal bilatéral)
- Satisfaction globale : > 85 % en indication bien posée
Questions fréquentes
Conclusion
La pose d’un implant multifocal unilatéral est une stratégie pertinente dans plusieurs situations : cataracte asymétrique, test de tolérance avant pose bilatérale, contre-indications partielles, stratégie IC-8 Apthera (toujours unilatéral), patient à profil mixte souhaitant un compromis entre qualité optique et autonomie aux lunettes. Les combinaisons les plus utilisées : monofocal + multifocal trifocal, monofocal + EDOF, monofocal + IC-8 sténopéique, EDOF + multifocal. Les résultats montrent une indépendance aux lunettes de 70-85 % (vs 85-95 % en bilatéral), avec une qualité optique préservée sur un œil et une réversibilité avantageuse. C’est une option à part entière, pas un « pis-aller ». Au Centre Iris à Toulon, le Dr Hugo Bourdon évalue chaque profil et propose la stratégie d’implant la plus adaptée, qu’elle soit bilatérale ou asymétrique.
Sources
- EyeWiki — Multifocal Intraocular Lenses
- American Academy of Ophthalmology — Intraocular Lens Implants
- EyeWiki — Small Aperture Intraocular Lens (IC-8)
- Société Française d’Ophtalmologie
Article rédigé et relu par le Dr Hugo Bourdon, chirurgien ophtalmologue à la Clinique Saint-Michel ELSAN et au Centre Iris – Institut Toulonnais d’Ophtalmologie (281 rue Jean Jaurès, Toulon).
